-- Je n'ai pas la prétention de m'y soustraire, mais d'arracher à la destruction ce précieux modèle !

-- Va donc, répondit Herr Schultze, et je te jure que, si tu réussis, les dix mille dollars seront fidèlement remis à tes héritiers.

-- J'y compte bien », répondit Marcel.

On avait apporté plusieurs de ces appareils Galibert, toujours préparés en cas d'incendie, et qui permettent de pénétrer dans les milieux irrespirables. Marcel en avait déjà fait usage, lorsqu'il avait tenté d'arracher à la mort le petit Carl, l'enfant de dame Bauer.

Un de ces appareils, chargé d'air sous une pression de plusieurs atmosphères, fut aussitôt placé sur son dos. La pince fixée à son nez, l'embouchure des tuyaux à sa bouche, il s'élança dans la fumée.

« Enfin ! se dit-il. J'ai pour un quart d'heure d'air dans le réservoir !... Dieu veuille que cela me suffise ! »

On l'imagine aisément, Marcel ne songeait en aucune façon à sauver le gabarit du canon Schultze. Il ne fit que traverser, au péril de sa vie, la salle emplie de fumée, sous une averse de brandons ignescents, de poutres calcinées, qui, par miracle, ne l'atteignirent pas, et, au moment où le toit s'effondrait au milieu d'un feu d'artifice d'étincelles, que le vent emportait jusqu'aux nuages, il s'échappait par une porte opposée qui s'ouvrait sur le parc.

Courir vers la petite rivière, en descendre la berge jusqu'au déversoir inconnu qui l'entraînait au-dehors de Stahlstadt, s'y plonger sans hésitation, ce fut pour Marcel l'affaire de quelques secondes.

Un rapide courant le poussa alors dans une masse d'eau qui mesurait sept à huit pieds de profondeur. Il n'avait pas besoin de s'orienter, car le courant le conduisait comme s'il eût tenu un fil d'Ariane. Il s'aperçut presque aussitôt qu'il était entré dans un étroit canal, sorte de boyau, que le trop-plein de la rivière emplissait tout entier.

« Quelle est la longueur de ce boyau ? se demanda Marcel. Tout est là ! Si je ne l'ai pas franchi en un quart d'heure, l'air me manquera, et je suis perdu ! »