Tous deux allaient se précipiter vers lui...

Un nouveau geste les arrêta.

C'était Marcel, en effet, miraculeusement sauvé. Après qu'il eut forcé la grille du canal, au moment où il tombait presque asphyxié, le courant l'avait entraîné comme un corps sans vie. Mais, par bonheur, cette grille fermait l'enceinte même de Stahlstadt, et, deux minutes après, Marcel était jeté au-dehors, sur la berge de la rivière, libre enfin, s'il revenait à la vie !

Pendant de longues heures, le courageux jeune homme était resté étendu sans mouvement, au milieu de cette sombre nuit, dans cette campagne déserte, loin de tout secours.

Lorsqu'il avait repris ses sens, il faisait jour. Il s'était alors souvenu !... Grâce à Dieu, il était donc enfin hors de la maudite Stahlstadt ! Il n'était plus prisonnier. Toute sa pensée se concentra sur le docteur Sarrasin, ses amis, ses concitoyens !

« Eux ! eux ! » s'écria-t-il alors.

Par un suprême effort, Marcel parvint à se remettre sur pied.

Dix lieues le séparaient de France-Ville, dix lieues à faire, sans railway, sans voiture, sans cheval, à travers cette campagne qui était comme abandonnée autour de la farouche Cité de l'Acier. Ces dix lieues, il les franchit sans prendre un instant de repos, et, à dix heures et quart, il arrivait aux premières maisons de la cité du docteur Sarrasin.

Les affiches qui couvraient les murs lui apprirent tout. Il comprit que les habitants étaient prévenus du danger qui les menaçait ; mais il comprit aussi qu'ils ne savaient ni combien ce danger était immédiat, ni surtout de quelle étrange nature il pouvait être.

La catastrophe préméditée par Herr Schultze devait se produire ce soir-là, à onze heures quarante-cinq... Il était dix heures un quart.