Des essaims de coolies remuaient la terre, creusaient des fossés, élevaient des retranchements et des redoutes sur tous les points favorables. La fonte des pièces d'artillerie avait commencé et fut poussée avec activité. Une circonstance très favorable à ces travaux était qu'on put utiliser le grand nombre de fourneaux fumivores que possédait la ville et qu'il fut aisé de transformer en fours de fonte.
Au milieu de ce mouvement incessant, Marcel se montrait infatigable. Il était partout, et partout à la hauteur de sa tâche. Qu'une difficulté théorique ou pratique se présentât, il savait immédiatement la résoudre. Au besoin, il retroussait ses manches et montrait un procédé expéditif, un tour de main rapide. Aussi son autorité était-elle acceptée sans murmure et ses ordres toujours ponctuellement exécutés.
Auprès de lui, Octave faisait de son mieux. Si, tout d'abord, il s'était promis de bien garnir son uniforme de galons d'or, il y renonça, comprenant qu'il ne devait rien être, pour commencer, qu'un simple soldat.
Aussi prit-il rang dans le bataillon qu'on lui assigna et sut-il s'y conduire en soldat modèle. A ceux qui firent d'abord mine de le plaindre :
« A chacun selon ses mérites, répondit-il. Je n'aurais peut-être pas su commander !... C'est le moins que j'apprenne à obéir ! »
Une nouvelle -- fausse il est vrai -- vint tout à coup imprimer aux travaux de défense une impulsion plus vive encore. Herr Schultze, disait-on, cherchait à négocier avec des compagnies maritimes pour le transport de ses canons. A partir de ce moment, les « canards » se succédèrent tous les jours. C'était tantôt la flotte schultzienne qui avait mis le cap sur France-Ville, tantôt le chemin de fer de Sacramento qui avait été coupé par des « uhlans », tombés du ciel apparemment.
Mais ces rumeurs, aussitôt contredites, étaient inventées à plaisir par des chroniqueurs aux abois dans le but d'entretenir la curiosité de leurs lecteurs. La vérité, c'est que Stahlstadt ne donnait pas signe de vie.
Ce silence absolu, tout en laissant à Marcel le temps de compléter ses travaux de défense, n'était pas sans l'inquiéter quelque peu dans ses rares instants de loisir.
« Est-ce que ce brigand aurait changé ses batteries et me préparerait quelque nouveau tour de sa façon ? » se demandait-il parfois.
Mais le plan, soit d'arrêter les navires ennemis, soit d'empêcher l'investissement, promettait de répondre à tout, et Marcel, en ses moments d'inquiétude, redoublait encore d'activité.