Mais Thalcave, devinant sa pensée, secoua la tête.
Il savait bien que les animaux n’abandonneraient pas une proie assurée, tant que le jour ne les aurait pas ramenés à leurs sombres tanières.
Cependant la tactique de l’ennemi s’était évidemment modifiée.
Il n’essayait plus de forcer l’entrée de la ramada, mais ses nouvelles manœuvres allaient créer un danger plus pressant encore. Les aguaras, renonçant à pénétrer par cette entrée que défendaient obstinément le fer et le feu, tournèrent la ramada, et d’un commun accord ils cherchèrent à l’assaillir par le côté opposé.
Bientôt on entendit leurs griffes s’incruster dans le bois à demi pourri. Entre les poteaux ébranlés passaient déjà des pattes vigoureuses, des gueules sanglantes. Les chevaux, effarés, rompant leur licol, couraient dans l’enceinte, pris d’une terreur folle. Glenarvan saisit entre ses bras le jeune enfant, afin de le défendre jusqu’à la dernière extrémité. Peut-être même, tentant une fuite impossible, allait-il s’élancer au dehors, quand ses regards se portèrent sur l’indien.
Thalcave, après avoir tourné comme une bête fauve dans la ramada, s’était brusquement rapproché de son cheval qui frémissait d’impatience, et il commença à le seller avec soin, n’oubliant ni une courroie, ni un ardillon. Il ne semblait plus s’inquiéter des hurlements qui redoublaient alors. Glenarvan le regardait faire avec une sinistre épouvante.
«Il nous abandonne! s’écria-t-il, en voyant Thalcave rassembler ses guides, comme un cavalier qui va se mettre en selle.
—Lui! Jamais!» dit Robert.
Et en effet, l’indien allait tenter, non d’abandonner ses amis, mais de les sauver en se sacrifiant pour eux.
Thaouka était prêt; il mordait son mors; il bondissait; ses yeux, pleins d’un feu superbe, jetaient des éclairs; il avait compris son maître.