—Et maintenant, peut-être?

—Peut-être!» dit Thalcave.

Paganel dut se contenter de cette demi-réponse, et il fit connaître à Glenarvan le résultat de sa conversation.

«Et que conseille Thalcave? dit Glenarvan.

—Qu’y a-t-il à faire? demanda Paganel au patagon.

—Marcher vite», répondit l’indien.

Conseil plus facile à donner qu’à suivre. Les chevaux se fatiguaient promptement à fouler un sol qui fuyait sous eux, la dépression s’accusait de plus en plus, et cette partie de la plaine pouvait être assimilée à un immense bas-fond, où les eaux envahissantes devaient rapidement s’accumuler. Il importait donc de franchir sans retard ces terrains en contre-bas qu’une inondation eût immédiatement transformés en lac.

On hâta le pas. Mais ce ne fut pas assez de cette eau qui se déroulait en nappes sous le pied des chevaux. Vers deux heures, les cataractes du ciel s’ouvrirent, et des torrents d’une pluie tropicale se précipitèrent sur la plaine. Jamais plus belle occasion ne se présenta de se montrer philosophe.

Nul moyen de se soustraire à ce déluge, et mieux valait le recevoir stoïquement. Les ponchos étaient ruisselants; les chapeaux les arrosaient comme un toit dont les gouttières sont engorgées; la frange des recados semblait faite de filets liquides, et les cavaliers, éclaboussés par leurs montures dont le sabot frappait à chaque pas les torrents du sol, chevauchaient dans une double averse qui venait à la fois de la terre et du ciel.

Ce fut ainsi que, trempés, transis et brisés de fatigue, ils arrivèrent le soir à un rancho fort misérable. Des gens peu difficiles pouvaient seuls lui donner le nom d’abri, et des voyageurs aux abois consentir à s’y abriter. Mais Glenarvan et ses compagnons n’avaient pas le choix. Ils se blottirent donc dans cette cahute abandonnée, dont n’aurait pas voulu un pauvre indien des pampas.