—Cela est facile à vérifier, répondit John Mangles en déployant une carte de l’Amérique méridionale. C’est bien cela. La Patagonie est effleurée par ce trente-septième parallèle. Il coupe l’Araucanie, longe à travers les pampas le nord des terres patagones, et va se perdre dans l’Atlantique.

—Bien. Continuons nos conjectures. Les deux matelots et le capitaine abor… abordent quoi? contin… Le continent; vous entendez, un continent et non pas une île. Que deviennent-ils? Vous avez là deux lettres providentielles Pr… Qui vous apprennent leur sort. Ces malheureux, en effet, sont pris ou prisonniers de qui? De cruels indiens. Êtes-vous convaincus? Est-ce que les mots ne sautent pas d’eux-mêmes dans les places vides? Est-ce que ce document ne s’éclaircit pas à vos yeux? Est-ce que la lumière ne se fait pas dans votre esprit?»

Glenarvan parlait avec conviction. Ses yeux respiraient une confiance absolue. Tout son feu se communiquait à ses auditeurs. Comme lui, ils s’écrièrent: «C’est évident! C’est évident!»

Lord Edward, après un instant, reprit en ces termes:

«Toutes ces hypothèses, mes amis, me semblent extrêmement plausibles; pour moi, la catastrophe a eu lieu sur les côtes de la Patagonie. D’ailleurs, je ferai demander à Glasgow quelle était la destination du Britannia, et nous saurons s’il a pu être entraîné dans ces parages.

—Oh! Nous n’avons pas besoin d’aller chercher si loin, répondit John Mangles. J’ai ici la collection de la mercantile and shipping gazette, qui nous fournira des indications précises.

—Voyons, voyons!» dit lady Glenarvan.

John Mangles prit une liasse de journaux de l’année 1862 et se mit à la feuilleter rapidement. Ses recherches ne furent pas longues, et bientôt il dit avec un accent de satisfaction:

«30 mai 1862. Pérou! Le Callao! En charge pour Glasgow. B_ritannia_, capitaine Grant.

—Grant! s’écria lord Glenarvan, ce hardi écossais qui a voulu fonder une Nouvelle-Écosse dans les mers du Pacifique!