Pour un tel marcheur, les retards n’existaient pas; la tempête avait été certainement violente et ses fureurs terribles sur le vaste champ de l’Atlantique, mais le yacht était un bon navire et son capitaine un bon marin. Donc, puisqu’il devait être là, il y était.
Ces réflexions, quoi qu’il en soit, ne parvinrent pas à calmer Glenarvan. Quand le cœur et la raison se débattent, celle-ci n’est pas la plus forte. Le «laird» de Malcolm-Castle sentait dans cette obscurité tous ceux qu’il aimait, sa chère Helena, Mary Grant, l’équipage de son Duncan. Il errait sur le rivage désert que les flots couvraient de leurs paillettes phosphorescentes. Il regardait, il écoutait. Il crut même, à de certains moments, surprendre en mer une lueur indécise.
«Je ne me trompe pas, se dit-il, j’ai vu un feu de navire, le feu du Duncan. Ah! Pourquoi mes regards ne peuvent-ils percer ces ténèbres!»
Une idée lui vint alors. Paganel se disait nyctalope, Paganel y voyait la nuit. Il alla réveiller Paganel. Le savant dormait dans son trou du sommeil des taupes, quand un bras vigoureux l’arracha de sa couche de sable.
«Qui va là? s’écria-t-il.
—C’est moi, Paganel.
—Qui, vous?
—Glenarvan. Venez, j’ai besoin de vos yeux.
—Mes yeux? répondit Paganel, qui les frottait vigoureusement.
—Oui, vos yeux, pour distinguer notre Duncan dans cette obscurité. Allons, venez.