—Deux, ma chère miss, et je m’engage à y répondre.

—Eh bien, reprit la jeune fille, est-ce que vous vous effrayeriez beaucoup à l’idée d’être abandonné dans une île déserte?

—Moi! s’écria Paganel.

—Allons, mon ami, dit le major, n’allez pas avouer que c’est votre plus cher désir!

—Je ne prétends pas cela, répliqua le géographe, mais, enfin, l’aventure ne me déplairait pas trop. Je me referais une vie nouvelle. Je chasserais, je pêcherais, j’élirais domicile dans une grotte l’hiver, sur un arbre l’été; j’aurais des magasins pour mes récoltes; enfin je coloniserais mon île.

—À vous tout seul?

—À moi tout seul, s’il le fallait. D’ailleurs, est-on jamais seul au monde? Ne peut-on choisir des amis dans la race animale, apprivoiser un jeune chevreau, un perroquet éloquent, un singe aimable? Et si le hasard vous envoie un compagnon, comme le fidèle Vendredi, que faut-il de plus pour être heureux? Deux amis sur un rocher, voilà le bonheur! Supposez le major et moi…

—Merci, répondit le major, je n’ai aucun goût pour les rôles de
Robinson, et je les jouerais fort mal.

—Cher Monsieur Paganel, répondit lady Helena, voilà encore votre imagination qui vous emporte dans les champs de la fantaisie. Mais je crois que la réalité est bien différente du rêve. Vous ne songez qu’à ces Robinsons imaginaires soigneusement jetés dans une île bien choisie, et que la nature traite en enfants gâtés! Vous ne voyez que le beau côté des choses!

—Quoi! Madame, vous ne pensez pas qu’on puisse être heureux dans une île déserte?