Paganel se tut, et chercha dans les yeux de ses auditeurs une approbation de son système.
«Continuez, Paganel, dit lord Glenarvan.
—Je continue, répondit Paganel; et d’abord, je repousse la première hypothèse. Harry Grant n’a pu arriver aux colonies anglaises, car son salut était assuré, et depuis longtemps déjà il serait auprès de ses enfants dans sa bonne ville de Dundee.
—Pauvre père! Murmura Mary Grant, depuis deux ans séparé de nous!
—Laisse parler Monsieur Paganel, ma sœur, dit Robert, il finira par nous apprendre…
—Hélas! Non, mon garçon! Tout ce que je puis affirmer, c’est que le capitaine Grant est prisonnier des australiens, ou…
—Mais ces indigènes, demanda vivement lady Glenarvan, sont-ils?…
—Rassurez-vous, madame, répondit le savant, qui comprit la pensée de lady Helena, ces indigènes sont sauvages, abrutis, au dernier échelon de l’intelligence humaine, mais de mœurs douces, et non sanguinaires comme leurs voisins de la Nouvelle Zélande. S’ils ont fait prisonniers les naufragés du Britannia, ils n’ont jamais menacé leur existence, vous pouvez m’en croire. Tous les voyageurs sont unanimes sur ce point que les australiens ont horreur de verser le sang, et maintes fois ils ont trouvé en eux de fidèles alliés pour repousser l’attaque des bandes de convicts, bien autrement cruels.
—Vous entendez ce que dit Monsieur Paganel, reprit lady Helena en s’adressant à Mary Grant. Si votre père est entre les mains des indigènes, ce que fait pressentir d’ailleurs le document, nous le retrouverons.
—Et s’il est perdu dans cet immense pays? répondit la jeune fille dont les regards interrogeaient Paganel.