Mais comment passer?
John fit monter ses passagers sur le pont; il ne voulait pas que,
l’heure du naufrage venue, ils fussent renfermés dans la dunette.
Glenarvan et ses compagnons regardèrent la mer épouvantable. Mary
Grant pâlit.
«John, dit tout bas Glenarvan au jeune capitaine, j’essayerai de sauver ma femme, ou je périrai avec elle. Charge-toi de miss Grant.
—Oui, votre honneur», répondit John Mangles, en portant la main du lord à ses yeux humides.
Le Duncan n’était plus qu’à quelques encablures du pied des bancs. La mer, haute alors, eût sans doute laissé assez d’eau sous la quille du yacht pour lui permettre de franchir ces dangereux bas-fonds. Mais alors les vagues énormes, le soulevant et l’abandonnant tour à tour, devaient le faire immanquablement talonner. Y avait-il donc un moyen d’adoucir les mouvements de ces lames, de faciliter le glissement de leurs molécules liquides, en un mot, de calmer cette mer tumultueuse?
John Mangles eut une dernière idée.
«L’huile! s’écria-t-il; mes enfants, filez de l’huile! Filez de l’huile!»
Ces paroles furent rapidement comprises de tout l’équipage. Il s’agissait d’employer un moyen qui réussit quelquefois; on peut apaiser la fureur des vagues, en les couvrant d’une nappe d’huile; cette nappe surnage, et détruit le choc des eaux, qu’elle lubrifie. L’effet en est immédiat, mais il passe vite.
Quand un navire a franchi cette mer factice, elle redouble ses fureurs, et malheur à qui se hasarderait à sa suite. Les barils contenant la provision d’huile de phoque furent hissés sur le gaillard d’avant par l’équipage, dont le danger centuplait les forces. Là, ils furent défoncés à coups de hache, et suspendus au-dessus des bastingages de tribord et de bâbord.
«Tiens bon!» cria John Mangles, épiant le moment favorable.