—Dieu vous entende, Monsieur John!» répondit Mary Grant.

Le rivage n’était plus qu’à une encablure; il terminait par des pentes assez douces l’extrémité du cap qui s’avançait de deux milles en mer.

L’embarcation accosta dans une petite crique naturelle entre des bancs de corail en voie de formation, qui, le temps aidant, doivent former une ceinture de récifs à la partie sud de l’Australie.

Tels ils étaient déjà, tels ils suffisaient à détruire la coque d’un navire, et le Britannia pouvait s’être perdu là corps et biens.

Les passagers du Duncan débarquèrent sans difficulté sur un rivage absolument désert. Des falaises à bandes stratifiées formaient une ligne côtière haute de soixante à quatre-vingts pieds. Il eût été difficile d’escalader cette courtine naturelle sans échelles ni crampons. John Mangles, heureusement, découvrit fort à propos une brèche produite à un demi-mille au sud par un éboulement partiel de la falaise. La mer, sans doute, battait cette barrière de tuf friable pendant ses grandes colères d’équinoxe, et déterminait ainsi la chute des portions supérieures du massif.

Glenarvan et ses compagnons s’engagèrent dans la tranchée, et arrivèrent au sommet de la falaise par une pente assez raide. Robert, comme un jeune chat, grimpa un talus fort à pic, et arriva le premier à la crête supérieure, au désespoir de Paganel, humilié de voir ses grandes jambes de quarante ans vaincues par de petites jambes de douze ans. Cependant, il distança, et de loin, le paisible major, qui n’y tenait pas autrement.

La petite troupe, bientôt réunie, examina la plaine qui s’étendait sous ses regards. C’était un vaste terrain inculte avec des buissons et des broussailles, une contrée stérile, que Glenarvan compara aux glens des basses terres d’Écosse, et Paganel aux landes infertiles de la Bretagne. Mais si cette contrée paraissait inhabitée le long de la côte, la présence de l’homme, non du sauvage, mais du travailleur, se révéla au loin par quelques constructions de bon augure.

«Un moulin!» s’écria Robert.

À trois milles, en effet, les ailes d’un moulin tournaient au vent.

«C’est bien un moulin, répondit Paganel, qui venait de braquer sa longue-vue sur l’objet en question. Voilà un petit monument aussi modeste qu’utile, dont la vue a le privilège d’enchanter mes regards.