—Mon Dieu! Mon Dieu!» s’écria miss Grant, qui ne put contenir ses larmes, tandis que Robert couvrait de baisers les mains de lady Glenarvan.

Lorsque le premier accès de cette joie douloureuse fut passé, la jeune fille se laissa aller à faire des questions sans nombre; lady Helena lui raconta l’histoire du document, comment le Britannia s’était perdu sur les côtes de la Patagonie; de quelle manière, après le naufrage, le capitaine et deux matelots, seuls survivants, devaient avoir gagné le continent; enfin, comment ils imploraient le secours du monde entier dans ce document écrit en trois langues et abandonné aux caprices de l’océan.

Pendant ce récit, Robert Grant dévorait des yeux lady Helena; sa vie était suspendue à ses lèvres; son imagination d’enfant lui retraçait les scènes terribles dont son père avait dû être la victime; il le voyait sur le pont du Britannia; il le suivait au sein des flots; il s’accrochait avec lui aux rochers de la côte; il se traînait haletant sur le sable et hors de la portée des vagues. Plusieurs fois, pendant cette histoire, des paroles s’échappèrent de sa bouche.

«Oh! papa! Mon pauvre papa!» s’écria-t-il en se pressant contre sa sœur.

Quant à miss Grant, elle écoutait, joignant les mains, et ne prononça pas une seule parole, jusqu’au moment où, le récit terminé, elle dit:

«Oh! madame! Le document! Le document!

—Je ne l’ai plus, ma chère enfant, répondit lady Helena.

—Vous ne l’avez plus?

—Non; dans l’intérêt même de votre père, il a dû être porté à Londres par lord Glenarvan; mais je vous ai dit tout ce qu’il contenait mot pour mot, et comment nous sommes parvenus à en retrouver le sens exact; parmi ces lambeaux de phrases presque effacés, les flots ont respecté quelques chiffres; malheureusement, la longitude…

—On s’en passera! s’écria le jeune garçon.