Ces paroles prononcées avec animation par un enfant de huit ans, pouvaient prêter à rire à des esprits légers et railleurs; mais elles furent comprises et respectées de ces graves écossais; ils admirèrent la religieuse vaillance de ce jeune disciple, déjà prêt au combat. Paganel se sentit remué jusqu’au fond du cœur, et il éprouva une véritable sympathie pour le petit indigène.

Faut-il le dire? Jusqu’ici, ce sauvage en habit européen ne lui plaisait guère. Il ne venait pas en Australie pour voir des australiens en redingote!

Il les voulait habillés d’un simple tatouage. Cette mise «convenable» déroutait ses idées. Mais du moment que Toliné eut parlé si ardemment, il revint sur son compte et se déclara son admirateur. La fin de cette conversation, d’ailleurs, devait faire du brave géographe le meilleur ami du petit australien.

En effet, à une question de lady Helena, Toliné répondit qu’il faisait ses études «à l’école normale» de Melbourne, dirigée par le révérend M Paxton.

«Et que t’apprend-on à cette école? demanda lady Glenarvan.

—On m’apprend la bible, les mathématiques, la géographie…

—Ah! La géographie! s’écria Paganel, touché dans son endroit sensible.

—Oui, monsieur, répondit Toliné. J’ai même eu un premier prix de géographie avant les vacances de janvier.

—Tu as eu un prix de géographie, mon garçon?

—Le voilà, monsieur», dit Toliné, tirant un livre de sa poche.