—Sans doute, répondit Paganel, on a toujours perdu ce qu’on n’a pas trouvé, dans ce pays d’or et de pierres précieuses. Je ne sais pas pourquoi j’aimerais à emporter une pépite pesant quelques onces, ou même une vingtaine de livres, pas davantage.

—Et qu’en feriez-vous, mon digne ami? dit Glenarvan.

—Oh! je ne serais pas embarrassé, répondit Paganel. J’en ferais hommage à mon pays! Je la déposerais à la banque de France…

—Qui l’accepterait?

—Sans doute, sous la forme d’obligations de chemins de fer!»

On félicita Paganel sur la façon dont il entendait offrir sa pépite «à son pays», et lady Helena lui souhaita de trouver le plus gros nugget du monde.

Tout en plaisantant, les voyageurs parcoururent la plus grande partie des terrains exploités. Partout le travail se faisait régulièrement, mécaniquement, mais sans animation.

Après deux heures de promenade, Paganel avisa une auberge fort décente, où il proposa de s’asseoir en attendant l’heure de rejoindre le chariot. Lady Helena y consentit, et comme l’auberge ne va pas sans rafraîchissements, Paganel demanda à l’aubergiste de servir quelque boisson du pays.

On apporta un «nobler» pour chaque personne. Or, le nobler, c’est tout bonnement le grog, mais le grog retourné. Au lieu de mettre un petit verre d’eau-de-vie dans un grand verre d’eau, on met un petit verre d’eau dans un grand verre d’eau-de-vie, on sucre et l’on boit. C’était un peu trop australien, et, au grand étonnement de l’aubergiste, le nobler, rafraîchi d’une grande carafe d’eau, redevint le grog britannique.

Puis, on causa mine et mineurs. C’était le cas ou jamais.