—Mais, demanda John Mangles, que peut faire un européen au milieu de ces naturels?

—Ce que je faisais moi-même, répondit Ayrton; il chasse, il pêche avec eux, il prend part à leurs combats; comme je vous l’ai déjà dit, il est traité en raison des services qu’il rend, et pour peu que ce soit un homme intelligent et brave, il prend dans la tribu une situation considérable.

—Mais il est prisonnier? dit Mary Grant.

—Et surveillé, ajouta Ayrton, de façon à ne pouvoir faire un pas, ni jour ni nuit!

—Cependant, vous êtes parvenu à vous échapper, Ayrton, dit le major, qui vint se mêler à la conversation.

—Oui, Monsieur Mac Nabbs, à la faveur d’un combat entre ma tribu et une peuplade voisine. J’ai réussi. Bien. Je ne le regrette pas. Mais si c’était à refaire, je préférerais, je crois, un éternel esclavage aux tortures que j’ai éprouvées en traversant les déserts de l’intérieur. Dieu garde le capitaine Grant de tenter une pareille chance de salut!

—Oui, certes, répondit John Mangles, nous devons désirer, miss Mary, que votre père soit retenu dans une tribu indigène. Nous trouverons ses traces plus aisément que s’il errait dans les forêts du continent.

—Vous espérez toujours? demanda la jeune fille.

—J’espère toujours, miss Mary, vous voir heureuse un jour, avec l’aide de Dieu!»

Les yeux humides de Mary Grant purent seuls remercier le jeune capitaine.