Paganel, à qui revenait le premier quart, ne se coucha pas, et, sa carabine à l’épaule, il veilla sur le campement, se promenant de long en large pour mieux résister au sommeil.

Malgré l’absence de la lune, la nuit était presque lumineuse sous l’éclat des constellations australes.

Le savant s’amusait à lire dans ce grand livre du firmament toujours ouvert et si intéressant pour qui sait le comprendre. Le profond silence de la nature endormie n’était interrompu que par le bruit des entraves qui retentissaient aux pieds des chevaux.

Paganel se laissait donc entraîner à ses méditations astronomiques, et il s’occupait plus des choses du ciel que des choses de la terre, quand un son lointain le tira de sa rêverie.

Il prêta une oreille attentive, et, à sa grande stupéfaction, il crut reconnaître les sons d’un piano; quelques accords, largement arpégés, envoyaient jusqu’à lui leur sonorité frémissante.

Il ne pouvait s’y tromper.

«Un piano dans le désert! Se dit Paganel. Voilà ce que je n’admettrai jamais.»

C’était très surprenant, en effet, et Paganel aima mieux croire que quelque étrange oiseau d’Australie imitait les sons d’un Pleyel ou d’un Érard, comme d’autres imitent des bruits d’horloge et de rémouleur.

Mais, en ce moment, une voix purement timbrée s’éleva dans les airs. Le pianiste était doublé d’un chanteur. Paganel écouta sans vouloir se rendre.

Cependant après quelques instants, il fut forcé de reconnaître l’air sublime qui frappait son oreille.