—Les australiens ne sont pas cruels, madame, répondit le jeune squatter, et miss Grant peut être rassurée à cet égard. Il y a des exemples fréquents de la douceur de leur caractère, et quelques européens ont vécu longtemps parmi eux, sans avoir jamais eu à se plaindre de leur brutalité.

—King entre autres, dit Paganel, le seul survivant de l’expédition de Burke.

—Non seulement ce hardi explorateur, reprit Sandy, mais aussi un soldat anglais, nommé Buckley, qui, s’étant échappé en 1803 sur la côte de Port-Philippe, fut recueilli par les indigènes et vécut trente-trois ans avec eux.

—Et depuis cette époque, ajouta Michel Patterson, un des derniers numéros de l’Australasian nous apprend qu’un certain Morrill vient d’être rendu à ses compatriotes, après seize ans d’esclavage.

L’histoire du capitaine doit être la sienne, car c’est précisément à la suite du naufrage de la Péruvienne, en 1846, qu’il a été fait prisonnier par les naturels et emmené dans l’intérieur du continent. Ainsi, je crois que vous devez conserver tout espoir.»

Ces paroles causèrent une joie extrême aux auditeurs du jeune squatter. Elles corroboraient les renseignements déjà donnés par Paganel et Ayrton.

Puis, on parla des convicts, lorsque les voyageuses eurent quitté la table. Les squatters connaissaient la catastrophe de Camden-Bridge, mais la présence d’une bande d’évadés ne leur inspirait aucune inquiétude. Ce n’est pas à une station dont le personnel s’élevait à plus de cent hommes, que ces malfaiteurs oseraient s’attaquer. On devait penser, d’ailleurs, qu’ils ne s’aventureraient pas dans ces déserts du Murray, où ils n’avaient que faire, ni du côté des colonies de la Nouvelle Galles, dont les routes sont très surveillées. Tel était aussi l’avis d’Ayrton.

Lord Glenarvan ne put refuser à ses aimables amphitryons de passer cette journée entière à la station de Hottam. C’étaient douze heures de retard qui devenaient douze heures de repos; les chevaux et les bœufs ne pouvaient que se refaire avantageusement dans les confortables écuries de la station.

Ce fut donc chose convenue, et les deux jeunes gens soumirent à leurs hôtes un programme de la journée qui fut adopté avec empressement.

À midi, sept vigoureux hunters piaffaient aux portes de l’habitation. Un élégant break destiné aux dames, et conduit à grandes guides, permettait à son cocher de montrer son adresse dans les savantes manœuvres du «four in hand». Les cavaliers, précédés de piqueurs et armés d’excellents fusils de chasse à système, se mirent en selle et galopèrent aux portières, pendant que la meute des pointers aboyait joyeusement à travers les taillis.