—Sont des montagnes de poche, répondit Paganel.

Nous les franchirons sans nous en apercevoir.

—Parlez pour vous! dit le major. Il n’y a qu’un homme distrait qui puisse traverser une chaîne de montagnes sans s’en douter.

—Distrait! s’écria Paganel. Mais je ne suis plus distrait. Je m’en rapporte à ces dames. Depuis que j’ai mis le pied sur le continent, n’ai-je pas tenu ma promesse? Ai-je commis une seule distraction? A-t-on une erreur à me reprocher?

—Aucune, Monsieur Paganel, dit Mary Grant. Vous êtes maintenant le plus parfait des hommes.

—Trop parfait! Ajouta en riant lady Helena. Vos distractions vous allaient bien.

—N’est-il pas vrai, madame? répondit Paganel. Si je n’ai plus un défaut, je vais devenir un homme comme tout le monde. J’espère donc qu’avant peu je commettrai quelque bonne bévue dont vous rirez bien. Voyez-vous, quand je ne me trompe pas, il me semble que je manque à ma vocation.»

Le lendemain, 9 janvier, malgré les assurances du confiant géographe, ce ne fut pas sans grandes difficultés que la petite troupe s’engagea dans le passage des Alpes. Il fallut aller à l’aventure, s’enfoncer par des gorges étroites et profondes qui pouvaient finir en impasses.

Ayrton eût été très embarrassé sans doute, si, après une heure de marche, une auberge, un misérable «tap» ne se fût inopinément présenté sur un des sentiers de la montagne.

«Parbleu! s’écria Paganel, le maître de cette taverne ne doit pas faire fortune en un pareil endroit! à quoi peut-il servir?