Ce fut une pénible ascension. Plus d’une fois, les voyageuses et leurs compagnons mirent pied à terre. Il fallait venir en aide au lourd véhicule et pousser à la roue, le retenir souvent sur de périlleuses déclivités, dételer les bœufs dont l’attelage ne pouvait se développer utilement à des tournants brusques, caler le chariot qui menaçait de revenir en arrière, et, plus d’une fois, Ayrton dut appeler à son aide le renfort des chevaux déjà fatigués de se hisser eux-mêmes.
Fut-ce cette fatigue prolongée, ou toute autre cause, mais l’un des chevaux succomba pendant cette journée.
Il s’abattit subitement sans qu’aucun symptôme fît pressentir cet accident. C’était le cheval de Mulrady, et quand celui-ci voulut le relever, il le trouva mort.
Ayrton vint examiner l’animal étendu à terre, et parut ne rien comprendre à cette mort instantanée.
«Il faut que cette bête, dit Glenarvan, se soit rompu quelque vaisseau.
—Évidemment, répondit Ayrton.
—Prends mon cheval, Mulrady, ajouta Glenarvan, je vais rejoindre lady Helena dans le chariot.»
Mulrady obéit, et la petite troupe continua sa fatigante ascension, après avoir abandonné aux corbeaux le cadavre de l’animal.
La chaîne des Alpes australiennes est peu épaisse, et sa base ne s’étend pas sur une largeur de huit milles.
Donc, si le passage choisi par Ayrton aboutissait au revers oriental, on pouvait, quarante-huit heures plus tard, avoir franchi cette haute barrière. Alors, d’obstacles insurmontables, de route difficile, il ne serait plus question jusqu’à la mer.