D’ailleurs, une lourde chaleur pesait sur la contrée. Une électricité violente saturait l’atmosphère. Bêtes et gens subissaient son influence. Ils allaient devant eux sans en chercher davantage. Le silence n’était interrompu que par les cris d’Ayrton excitant son attelage accablé.

De midi à deux heures, on traversa une curieuse forêt de fougères qui eût excité l’admiration de gens moins harassés. Ces plantes arborescentes, en pleine floraison, mesuraient jusqu’à trente pieds de hauteur. Chevaux et cavaliers passaient à l’aise sous leurs ramilles retombantes, et parfois la molette d’un éperon résonnait en heurtant leur tige ligneuse.

Sous ces parasols immobiles régnait une fraîcheur dont personne ne songea à se plaindre. Jacques Paganel, toujours démonstratif, poussa quelques soupirs de satisfaction qui firent lever des troupes de perruches et de kakatoès. Ce fut un concert de jacasseries assourdissantes.

Le géographe continuait de plus belle ses cris et ses jubilations, quand ses compagnons le virent tout d’un coup chanceler sur son cheval et s’abattre comme une masse. Était-ce quelque étourdissement, pis même, une suffocation causée par la haute température? on courut à lui.

«Paganel! Paganel! Qu’avez-vous! s’écria Glenarvan.

—J’ai, cher ami, que je n’ai plus de cheval, répondit Paganel en se dégageant de ses étriers.

—Quoi! Votre cheval?

—Mort, foudroyé, comme celui de Mulrady!»

Glenarvan, John Mangles, Wilson, examinèrent l’animal. Paganel ne se trompait pas. Son cheval venait d’être frappé subitement.

«Voilà qui est singulier, dit John Mangles.