La nuit s’était faite rapidement après un court crépuscule, mais la chaleur n’avait pas fui avec la lumière. L’atmosphère recélait d’étouffantes vapeurs.

Quelques éclairs, éblouissantes réverbérations d’un orage lointain, enflammaient l’horizon. La couchée fut organisée. On s’arrangea tant bien que mal du chariot embourbé. Le sombre dôme des grands arbres abrita la tente des voyageurs. Si la pluie ne s’en mêlait pas, ils étaient décidés à ne pas se plaindre.

Ayrton parvint, non sans peine, à retirer ses trois bœufs du terrain mouvant. Ces courageuses bêtes en avaient jusqu’aux flancs. Le quartier-maître les parqua avec les quatre chevaux, et ne laissa à personne le soin de choisir leur fourrage. Ce service, il le faisait, d’ailleurs, avec intelligence, et, ce soir-là, Glenarvan remarqua que ses soins redoublèrent; ce dont il le remercia, car la conservation de l’attelage était d’un intérêt majeur.

Pendant ce temps, les voyageurs prirent leur part d’un souper assez sommaire. La fatigue et la chaleur tuant la faim, ils avaient besoin, non de nourriture, mais de repos. Lady Helena et miss Grant, après avoir souhaité le bonsoir à leurs compagnons, regagnèrent la couchette accoutumée. Quant aux hommes, les uns se glissèrent sous la tente; les autres, par goût, s’étendirent sur une herbe épaisse au pied des arbres, ce qui est sans inconvénient dans ces pays salubres.

Peu à peu, chacun s’endormit d’un lourd sommeil.

L’obscurité redoublait sous un rideau de gros nuages qui envahissaient le ciel. Il n’y avait pas un souffle de vent dans l’atmosphère. Le silence de la nuit n’était interrompu que par les hululements du «morepork», qui donnait la tierce mineure avec une surprenante justesse comme les tristes coucous d’Europe.

Vers onze heures, après un mauvais sommeil, lourd et fatigant, le major se réveilla. Ses yeux à demi fermés furent frappés d’une vague lumière qui courait sous les grands arbres. On eût dit une nappe blanchâtre, miroitante comme l’eau d’un lac, et Mac Nabbs crut d’abord que les premières lueurs d’un incendie se propageaient sur le sol.

Il se leva, et marcha vers le bois. Sa surprise fut grande quand il se vit en présence d’un phénomène purement naturel. Sous ses yeux s’étendait un immense plan de champignons qui émettaient des phosphorescences. Les spores lumineux de ces cryptogames rayonnaient dans l’ombre avec une certaine intensité.

Le major, qui n’était point égoïste, allait réveiller Paganel, afin que le savant constatât ce phénomène de ses propres yeux, quand un incident l’arrêta.

La lueur phosphorescente illuminait le bois pendant l’espace d’un demi-mille, et Mac Nabbs crut voir passer rapidement des ombres sur la lisière éclairée.