«En tout cas, il faut se hâter, dit John Mangles.
Cette glaise en séchant rendra l’opération plus difficile.

—Hâtons-nous», répondit Ayrton.

Glenarvan, ses deux matelots, John Mangles et Ayrton pénétrèrent sous le bois où les animaux avaient passé la nuit.

C’était une haute forêt de gommiers d’un aspect sinistre. Rien que des arbres morts, largement espacés, écorcés depuis des siècles, ou plutôt écorchés comme les chênes-lièges au moment de la récolte. Ils portaient à deux cents pieds dans les airs le maigre réseau de leurs branches dépouillées.

Pas un oiseau ne nichait sur ces squelettes aériens; pas une feuille ne tremblait à cette ramure sèche et cliquetante comme un fouillis d’ossements. À quel cataclysme attribuer ce phénomène, assez fréquent en Australie, de forêts entières frappées d’une mort épidémique? on ne sait. Ni les plus vieux indigènes, ni leurs ancêtres, ensevelis depuis longtemps dans les bocages de la mort, ne les ont vus verdoyants.

Glenarvan, tout en marchant, regardait le ciel gris sur lequel se profilaient nettement les moindres ramilles des gommiers comme de fines découpures.

Ayrton s’étonnait de ne plus rencontrer les chevaux et les bœufs à l’endroit où il les avait conduits.

Ces bêtes entravées ne pouvaient aller loin cependant.

On les chercha dans le bois, mais sans les trouver.

Ayrton, surpris, revint alors du côté de la Snowy-river, bordée de magnifiques mimosas. Il faisait entendre un cri bien connu de son attelage, qui ne répondait pas. Le quartier-maître semblait très inquiet, et ses compagnons se regardaient d’un air désappointé.