«Eh bien, partez, Ayrton, dit Glenarvan. Faites diligence, et revenez par Eden à notre campement de la Snowy.»

Un éclair de satisfaction brilla dans les yeux du quartier-maître.
Il détourna la tête, mais, si vite qu’il se fût détourné, John
Mangles avait surpris cet éclair; John, par instinct, non
autrement, sentait s’accroître ses défiances contre Ayrton.

Le quartier-maître fit donc ses préparatifs de départ aidé des deux matelots, dont l’un s’occupa de son cheval, et l’autre de ses provisions. Pendant ce temps, Glenarvan écrivait la lettre destinée à Tom Austin.

Il ordonnait au second du Duncan de se rendre sans retard à la baie Twofold. Il lui recommandait le quartier-maître comme un homme en qui il pouvait avoir toute confiance. Tom Austin, arrivé à la côte, devait mettre un détachement des matelots du yacht sous les ordres d’Ayrton…

Glenarvan en était à ce passage de sa lettre, quand Mac Nabbs, qui le suivait des yeux, lui demanda d’un ton singulier comment il écrivait le nom d’Ayrton.

«Mais comme il se prononce, répondit Glenarvan.

—C’est une erreur, reprit tranquillement le major. Il se prononce Ayrton, mais il s’écrit Ben Joyce!»

Chapitre XX Aland! Zealand!

La révélation de ce nom de Ben Joyce produisit l’effet d’un coup de foudre. Ayrton s’était brusquement redressé. Sa main tenait un revolver. Une détonation éclata. Glenarvan tomba frappé d’une balle. Des coups de fusil retentirent au dehors.

John Mangles et les matelots, d’abord surpris, voulurent se jeter sur Ben Joyce; mais l’audacieux convict avait déjà disparu et rejoint sa bande disséminée sur la lisière du bois de gommiers.