Les postillons, stimulés par la promesse d’une bonne-main princière, enlevaient la rapide voiture sur une route bien entretenue. Ils ne perdaient pas deux minutes aux relais, qui se succédaient de dix milles en dix milles. Il semblait que Glenarvan leur eût communiqué l’ardeur qui le dévorait.

Toute la journée, on courut ainsi à raison de six milles à l’heure, toute la nuit aussi.

Le lendemain, au soleil levant, un sourd murmure annonça l’approche de l’océan Indien. Il fallut contourner la baie pour atteindre le rivage au trente-septième parallèle, précisément à ce point où Tom Austin devait attendre l’arrivée des voyageurs.

Quand la mer apparut, tous les regards se portèrent au large, interrogeant l’espace. Le Duncan, par un miracle de la providence, était-il là, courant bord sur bord, comme un mois auparavant, par le travers du cap Corrientes, sur les côtes argentines?

On ne vit rien. Le ciel et l’eau se confondaient dans un même horizon. Pas une voile n’animait la vaste étendue de l’océan.

Un espoir restait encore. Peut-être Tom Austin avait-il cru devoir jeter l’ancre dans la baie Twofold, car la mer était mauvaise, et un navire ne pouvait se tenir en sûreté sur de pareils atterrages.

«À Eden!» dit Glenarvan.

Aussitôt, le mail-coach reprit à droite la route circulaire qui prolongeait les rivages de la baie, et se dirigea vers la petite ville d’Eden, distante de cinq milles.

Les postillons s’arrêtèrent non loin du feu fixe qui signale l’entrée du port. Quelques navires étaient mouillés dans la rade, mais aucun ne déployait à sa corne le pavillon de Malcolm.

Glenarvan, John Mangles, Paganel, descendirent de voiture, coururent à la douane, interrogèrent les employés et consultèrent les arrivages des derniers jours. Aucun navire n’avait rallié la baie depuis une semaine.