Sa lunette, pendant les courtes embellies, le parcourait obstinément. Ces flots muets, il semblait les interroger. Cette brume qui voilait l’horizon, ces vapeurs amoncelées, il eût voulu les déchirer d’un geste. Il ne pouvait se résigner, et sa physionomie respirait une âpre douleur. C’était l’homme énergique, jusqu’alors heureux et puissant, auquel la puissance et le bonheur manquaient tout à coup.

John Mangles ne le quittait pas et supportait à ses côtés les intempéries du ciel. Ce jour-là, Glenarvan, partout où se faisait une trouée dans la brume, scrutait l’horizon avec un entêtement plus tenace. John s’approcha de lui:

«Votre honneur cherche la terre?» lui demanda-t-il.

Glenarvan fit de la tête un signe négatif.

«Cependant, reprit le jeune capitaine, il doit vous tarder de quitter ce brick. Depuis trente-six heures déjà, nous devrions avoir connaissance des feux d’Auckland.»

Glenarvan ne répondait pas. Il regardait toujours, et pendant une minute sa lunette demeura braquée vers l’horizon au vent du navire.

«La terre n’est pas de ce côté, dit John Mangles. Que votre honneur regarde plutôt vers tribord.

—Pourquoi, John? répondit Glenarvan. Ce n’est pas la terre que je cherche!

—Que voulez-vous, mylord?

—Mon yacht! Mon Duncan! répondit Glenarvan avec colère. Il doit être là, dans ces parages, écumant ces mers, faisant ce sinistre métier de pirate! Il est là, te dis-je, là, John, sur cette route des navires, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande! Et j’ai le pressentiment que nous le rencontrerons!