—Oui, à la rigueur, répondit John Mangles, mais à la condition de naviguer le jour et de mouiller la nuit.
—Ainsi, ces misérables qui nous ont abandonnés…
—Oh! Ceux-là, répondit John Mangles, ils étaient ivres, et, par cette profonde obscurité, je crains bien qu’ils n’aient payé de leur vie ce lâche abandon.
—Tant pis pour eux, reprit Paganel, et tant pis pour nous, car ce canot eût été bien utile.
—Que voulez-vous, Paganel? dit Glenarvan. Le radeau nous portera à terre.
—C’est précisément ce que j’aurais voulu éviter, répondit le géographe.
—Quoi! Un voyage de vingt milles au plus après ce que nous avons fait dans les Pampas et à travers l’Australie, peut-il effrayer des hommes rompus aux fatigues?
—Mes amis, répondit Paganel, je ne mets en doute ni votre courage ni la vaillance de nos compagnes. Vingt milles! Ce n’est rien en tout autre pays que la Nouvelle-Zélande. Vous ne me soupçonnerez pas de pusillanimité. Le premier, je vous ai entraînés à travers l’Amérique, à travers l’Australie. Mais ici, je le répète, tout vaut mieux que de s’aventurer dans ce pays perfide.
—Tout vaut mieux que de s’exposer à une perte certaine sur un navire échoué, fit John Mangles.
—Qu’avons-nous donc tant à redouter de la Nouvelle-Zélande? demanda Glenarvan.