Ces provisions furent enfermées dans des caisses hermétiquement closes, étanches et impénétrables à l’eau de mer, puis descendues et retenues par de fortes saisines au pied du mât de fortune. On mit en lieu sûr et au sec les armes et les munitions.

Très heureusement, les voyageurs étaient bien armés de carabines et de revolvers.

Une ancre à jet fut également embarquée pour le cas où John, ne pouvant atteindre la terre dans une marée, serait forcé de mouiller au large.

À dix heures, le flot commença à se faire sentir. La brise soufflait faiblement du nord-ouest. Une légère houle ondulait la surface de la mer.

«Sommes-nous prêts? demanda John Mangles.

—Tout est paré, capitaine, répondit Wilson.

—Embarque!» cria John.

Lady Helena et Mary Grant descendirent par une grossière échelle de corde, et s’installèrent au pied du mât sur les caisses de vivres, leurs compagnons près d’elles. Wilson prit en main le gouvernail. John se plaça aux cargues de la voile, et Mulrady coupa l’amarre qui retenait le radeau aux flancs du brick.

La voile fut déployée, et l’appareil commença à se diriger vers la terre sous la double action de la marée et du vent.

La côte restait à neuf milles, distance médiocre qu’un canot armé de bons avirons eût franchie en trois heures. Mais, avec le radeau, il fallait en rabattre. Si le vent tenait, on pourrait peut-être atteindre la terre dans une seule marée. Mais, si la brise venait à calmir, le jusant l’emporterait, et il serait nécessaire de mouiller pour attendre la marée suivante. Grosse affaire, et qui ne laissait pas de préoccuper John Mangles.