John, les mains crispées, le cœur dévoré d’inquiétude, jetait un regard farouche à cette terre inabordable.
Heureusement, —heureusement cette fois, —un choc eut lieu. Le radeau s’arrêta. Il venait d’échouer à haute mer, sur un fond de sable à vingt-cinq brasses de la côte.
Glenarvan, Robert, Wilson, Mulrady, se jetèrent à l’eau. Le radeau fut fixé solidement par des amarres sur les écueils voisins. Les voyageuses, portées de bras en bras, atteignirent la terre sans avoir mouillé un pli de leurs robes, et bientôt tous, avec armes et vivres, eurent pris définitivement pied sur ces redoutables rivages de la Nouvelle-Zélande.
Chapitre VIII Le présent du pays où l’on est
Glenarvan aurait voulu, sans perdre une heure, suivre la côte et remonter vers Auckland. Mais depuis le matin, le ciel s’était chargé de gros nuages, et vers onze heures, après le débarquement, les vapeurs se condensèrent en pluie violente. De là impossibilité de se mettre en route et nécessité de chercher un abri.
Wilson découvrit fort à propos une grotte creusée par la mer dans les roches basaltiques du rivage.
Les voyageurs s’y réfugièrent avec armes et provisions. Là se trouvait toute une récolte de varech desséché, jadis engrangée par les flots.
C’était une literie naturelle dont on s’accommoda.
Quelques morceaux de bois furent empilés à l’entrée de la grotte, puis allumés, et chacun s’y sécha de son mieux.
John espérait que la durée de cette pluie diluvienne serait en raison inverse de sa violence.