En effet, le savant géographe, après ses héroïques exploits, ne pouvait échapper à la célébrité. Ses distractions firent fureur dans le grand monde écossais. On se l’arrachait, et il ne suffisait plus aux politesses dont il fut l’objet.
Et ce fut alors qu’une aimable demoiselle de trente ans, rien de moins que la cousine du major Mac Nabbs, un peu excentrique elle-même, mais bonne et charmante encore, s’éprit des singularités du géographe et lui offrit sa main. Il y avait un million dedans; mais on évita d’en parler.
Paganel était loin d’être insensible aux sentiments de miss
Arabella; cependant, il n’osait se prononcer.
Ce fut le major qui s’entremit entre ces deux cœurs faits l’un pour l’autre. Il dit même à Paganel que le mariage était la «dernière distraction» qu’il pût se permettre.
Grand embarras de Paganel, qui, par une étrange singularité, ne se décidait pas à articuler le mot fatal.
«Est-ce que miss Arabella ne vous plaît pas? lui demandait sans cesse Mac Nabbs.
—Oh! Major, elle est charmante! s’écria Paganel, mille fois trop charmante, et, s’il faut tout vous dire, il me plairait davantage qu’elle le fût moins! Je lui voudrais un défaut.
—Soyez tranquille, répondit le major, elle en possède, et plus d’un. La femme la plus parfaite en a toujours son contingent. Ainsi, Paganel, est-ce décidé?
—Je n’ose, reprenait Paganel.
—Voyons, mon savant ami, pourquoi hésitez-vous?