Quel retentissement eut cet événement bizarre ! C'était la première fois, sans doute, qu'un lac se vidait en quelques instants dans les entrailles du sol. Il n'y avait plus, maintenant, qu'à rayer celui-ci des cartes du Royaume-Uni, jusqu'à ce qu'on l'eût rempli de nouveau — par souscription publique —, après avoir préalablement bouché la fissure. Walter Scott en fût mort de désespoir, — s'il eût encore été de ce monde !

Après tout, l'accident était explicable. En effet, entre la profonde cavité et le lit du lac, l'étage des terrains secondaires se réduisait à une mince couche, par suite d'une disposition géologique particulière du massif.

Mais, si cet éboulement semblait être dû à une cause naturelle, James Starr, Simon et Harry Ford se demandèrent, eux, s'il ne fallait pas l'attribuer à la malveillance. Les soupçons étaient revenus avec plus de force à leur esprit. Le génie malfaisant allait-il donc recommencer ses entreprises contre les exploitants de la riche houillère ?

Quelques jours après, James Starr en causait au cottage avec le vieil overman et son fils.

« Simon, dit-il, suivant moi, bien que le fait puisse s'expliquer de lui-même, j'ai comme un pressentiment qu'il rentre dans la catégorie de ceux dont nous recherchons encore la cause !

— Je pense comme vous, monsieur James, répondit Simon Ford; mais, si vous m'en croyez, n'ébruitons rien et faisons notre enquête nous-mêmes.

— Oh ! s'écria l'ingénieur, j'en connais le résultat d'avance !

— Eh ! quel sera-t-il ?

— Nous trouverons les preuves de la malveillance, mais non le malfaiteur !

— Cependant il existe ! répondit Simon Ford. Où se cache-t-il ? Un seul être, si pervers qu'il soit, pourrait-il mener à bien une idée aussi infernale que celle de provoquer l'effondrement d'un lac ? vraiment, je finirai par croire, avec Jack Ryan, que c'est quelque génie de la houillère, qui nous en veut d'avoir envahi son domaine ! »