D'une main, il ouvrit le robinet supérieur, de l'autre le robinet inférieur, adapté au récipient immergé. Aussitôt une belle flamme fusa à l'extrémité, en dégageant une chaleur très appréciable.
«Voilà le fourneau!» dit Fry.
Soun n'en pouvait croire ses yeux.
«Vous faites du feu avec de l'eau? s'écria-t-il.
— Avec de l'eau et du phosphure de calcium!» répondit Craig.
En effet, cet appareil était construit de manière à utiliser une singulière propriété du phosphure de calcium, ce composé du phosphore, qui produit au contact de l'eau de l'hydrogène phosphoré. Or, ce gaz brûle spontanément à l'air, et ni le vent, ni la pluie, ni la mer, ne peuvent l'éteindre. Aussi est-il employé maintenant pour éclairer les bouées de sauvetage perfectionnées. La chute de la bouée met l'eau en contact avec le phosphure de calcium.
Aussitôt une longue flamme en jaillit, qui permet, soit à l'homme tombé à la mer de la retrouver dans la nuit, soit aux matelots de venir directement à son secours.
Pendant que l'hydrogène brûlait à la pointe du tube Craig tenait au-dessus une bouilloire remplie d'eau douce qu'il avait puisée à un petit tonnelet, enfermé dans son sac.
En quelques minutes, le liquide fut porté à l'état d'ébullition. Craig le versa dans une théière, qui contenait quelques pincées d'un thé excellent, et, cette fois, Kin-Fo et Soun le burent à l'américaine, ce qui n'amena aucune réclamation de leur part.
Cette chaude boisson termina convenablement ce déjeuner, servi à la surface de la mer, par «tant» de latitude et «tant» de longitude. Il ne manquait qu'un sextant et un chronomètre pour déterminer la position, à quelques, secondes près. Ces instruments compléteront un jour le sac des appareils Boyton, et les naufragés ne courront plus risque de s'égarer sur l'Océan.