— Ami, reprit Wang, demande-lui donc la bonne aventure. C'est une occasion, au moment de te marier!»

Kin-Fo voulait continuer sa route. Wang le retint.

Le «sien-cheng» est une sorte de prophète populaire, qui, pour quelques sapèques, fait métier de prédire l'avenir. Il n'a d'autres ustensiles professionnels qu'une cage, renfermant un petit oiseau, cage qu'il accroche à l'un des boutons de sa robe, et un jeu de soixante-quatre cartes, représentant des figures de dieux, d'hommes ou d'animaux. Les Chinois de toute classe, généralement superstitieux, ne font point fi des prédictions du sien-cheng, qui, probablement, ne se prend pas au sérieux.

Sur un signe de Wang, celui-ci étala à terre un tapis de cotonnade, y déposa sa cage, tira son jeu de cartes, le battit et le disposa sur le tapis, de manière que les figures fussent invisibles.

La porte de la cage fut alors ouverte. Le petit oiseau sortit, choisit une des cartes, et rentra, après avoir reçu un grain de riz pour récompense.

Le sien-cheng retourna la carte. Elle portait une figure d'homme et une devise, écrite en kunanrima, cette langue mandarine du Nord, langue officielle, qui est celle des gens instruits.

Et alors, s'adressant à Kin-Fo, le diseur de bonne aventure lui prédit ce que ses confrères de tous pays prédisent invariablement sans se compromettre, à savoir, qu'après quelque épreuve prochaine, il jouirait de dix mille années de bonheur.

«Une, répondit Kin-Fo, une seulement, et je te tiendrais quitte du reste!»

Puis, il jeta à terre un taël d'argent, sur lequel le prophète se précipita comme un chien affamé sur un os à moelle.

De pareilles aubaines ne lui étaient pas ordinaires.