A son grand étonnement, Kin-Fo put constater d'abord que la cage reposait de nouveau sur un terrain solide.
Soudain, sa prison s'ouvrit. Des bras le saisirent, un large bandeau lui fut immédiatement appliqué sur les yeux, et il se sentit brusquement attiré au-dehors. Vigoureusement tenu, Kin-Fo dut faire quelques pas. Puis, ses gardiens l'obligèrent à s'arrêter.
«S'il s'agit de mourir enfin, s'écria-t-il, je ne vous demande pas de me laisser une vie dont je n'ai rien su faire, mais accordez- moi, du moins, de mourir au grand jour, en homme qui ne craint pas de regarder la mort!
— Soit! dit une voix grave. Qu'il soit fait comme le condamné le désire!»
Soudain, le bandeau qui lui couvrait les yeux fut arraché. Kin-Fo jeta alors un regard avide autour de lui…
Était-il le jouet d'un rêve? Une table, somptueusement servie, était là, devant laquelle cinq convives, l'air souriant, paraissaient l'attendre pour commencer leur repas. Deux places non occupées semblaient demander deux derniers convives.
«Vous! vous! Mes amis, mes chers amis! Est-ce bien vous que je vois?» s'écria Kin-Fo avec un accent impossible à rendre.
Mais non! Il ne s'abusait pas. C'était Wang, le philosophe! C'étaient Yin-Pang, Houal, PaoShen, Tim, ses amis de Canton, ceux- là mêmes qu'il avait traités, deux mois auparavant, sur le bateau- fleurs de la rivière des Perles, ses compagnons de jeunesse, les témoins de ses adieux à la vie de garçon!
Kin-Fo ne pouvait en croire ses yeux. Il était chez lui, dans la salle à manger de son yamen de Shang-Haï!
«Si c'est toi! s'écria-t-il en s'adressant à Wang, si ce n'est pas ton ombre, parle-moi…