A l'arrivée du maître, les gens de la maison accoururent à la porte pour le recevoir. Valets de chambre, valets de pied, portiers, porteurs de chaises, palefreniers, cochers, servants, veilleurs de nuit, cuisiniers, tout ce monde qui compose la domesticité chinoise fit la haie sous les ordres de l'intendant. Une dizaine de coolies, engagés au mois pour les gros ouvrages, se tenaient un peu en arrière.

L'intendant souhaita la bienvenue au maître du logis.

Celui-ci fit à peine un signe de la main et passa rapidement.

«Soun? dit-il seulement.

Soun! répondit Wang en souriant. Si Soun était là, ce ne serait plus Soun!

— Où est Soun?» répéta Kin-Fo.

L'intendant dut avouer que ni lui ni personne ne savait ce qu'était devenu Soun.

Or, Soun n'était rien moins que le premier valet de chambre, spécialement attaché à la personne de Kin-Fo, et dont celui-ci ne pouvait en aucune façon se passer.

Soun était-il donc un domestique modèle? Non.

Impossible de faire plus mal son service. Distrait, incohérent, maladroit de ses mains et de sa langue, foncièrement gourmand, légèrement poltron, un vrai Chinois de paravent celui-là, mais fidèle, en somme, et le seul, après tout, qui eût le don d'émouvoir son maître.