A l'arrière, enfin, les voitures de deuil, drapées de blanc, fermeraient ce somptueux convoi, dont les frais devraient absorber les dernières ressources de l'opulent défunt.

En somme, ce programme n'offrait rien d'extraordinaire.

Bien des enterrements de cette «classe» circulent dans les rues de Canton, de Shang-Haï ou de Péking, et les Célestials n'y voient qu'un hommage naturel rendu à la personne de celui qui n'est plus.

Le 20 octobre, une caisse, expédiée de Liao-Tchéou, arriva à l'adresse de Kin-Fo, en son habitation de Shang-Haï. Elle contenait, soigneusement emballé, le cercueil commandé pour la circonstance. Ni Wang, ni Soun, ni aucun des domestiques du yamen n'eut lieu d'être surpris.

On le répète, pas un Chinois qui ne tienne à posséder de son vivant le lit dans lequel on le couchera pour l'éternité.

Ce cercueil, un chef-d'oeuvre du fabricant de Liao-Tchéou, fut placé dans la «chambre des ancêtres». Là, brossé, ciré, astiqué, il eût attendu longtemps, sans doute, le jour où l'élève du philosophe Wang l'aurait utilisé pour son propre compte… Il n'en devait pas être ainsi. Les jours de Kin-Fo étaient comptés, et l'heure était proche, qui devait le reléguer dans la catégorie des aïeux de la famille.

En effet, c'était le soir même que Kin-Fo avait définitivement résolu de quitter la vie.

Une lettre de la désolée Lé-ou arriva dans la journée.

La jeune veuve mettait à la disposition de Kin-Fo le peu qu'elle possédait. La fortune n'était rien pour elle! Elle saurait s'en passer! Elle l'aimait! Que lui fallait-il de plus!

Ne sauraient-ils être heureux dans une situation plus modeste?