Kin-Fo, à son grand déplaisir, dut supporter les inconvénients de cette célébrité singulière. On alla jusqu'à le chansonner sur l'air de «Mantchiang-houng», le vent qui souffle dans les saules. Il parut une complainte, qui le mettait plaisamment en scène: Les Cinq Veilles du Centenaire! Quel titre alléchant, et quel débit il s'en fit à trois sapèques l'exemplaire!
Si Kin-Fo se dépitait de tout ce bruit fait autour de son nom, William J. Bidulph s'en applaudissait, au contraire; mais Wang n'en demeurait pas moins caché à tous les yeux.
Or, les choses allèrent si loin, que la position ne fut bientôt plus tenable pour Kin-Fo. Sortait-il? Un cortège de Chinois de tout âge, de tout sexe, l'accompagnait dans les rues, sur les quais, même à travers les territoires concessionnés, même à travers la campagne. Rentrait-il? Un rassemblement de plaisants de la pire espèce se formait à la porte du yamen.
Chaque matin, il était mis en demeure de paraître au balcon de sa chambre, afin de prouver que ses gens ne l'avaient pas prématurément couché dans le cercueil du kiosque de Longue Vie. Les gazettes publiaient moqueusement un bulletin de sa santé avec commentaires ironiques, comme s'il eût appartenu à la dynastie régnante des Tsing. En somme, il devenait parfaitement ridicule.
Il s'ensuivit donc qu'un jour, le 21 mai, le très vexé Kin-Fo alla trouver l'honorable William J. Bidulph, et lui fit connaître son intention de partir immédiatement. Il en avait assez de Shang-Haï et des Shanghaïens.
«C'est peut-être courir plus de risques! lui fit observer très justement l'agent principal.
— Peu m'importe! répondit Kin-Fo. Prenez vos précautions en conséquence.
— Mais où irez-vous?
— Devant moi.
— Où vous arrêterez-vous?