Kin-Fo avait-il donc été reconnu, et son nom produisait-il l'effet accoutumé?
Le héros malgré lui s'arrêta.
Craig-Fry se tinrent prêts à lui faire, le cas échéant, un rempart de leurs corps.
Ce n'était point à Kin-Fo que ces cris s'adressaient.
Personne ne semblait se douter qu'il fût là. Il ne fit donc pas un mouvement, et, curieux de savoir à quel propos son nom venait d'être prononcé, il attendit.
Un groupe d'hommes, de femmes, d'enfants, s'était formé autour d'un chanteur ambulant, qui paraissait très en faveur auprès de ce public des rues. On criait, on battait des mains, on l'applaudissait d'avance.
Le chanteur, lorsqu'il se vit en présence d'un suffisant auditoire, tira de sa robe un paquet de pancartes illustrées d'enjolivements en couleurs; puis, d'une voix sonore: «Les Cinq Veilles du Centenaire!» cria-t-il.
C'était la fameuse complainte qui courait le Céleste Empire!
Craig-Fry voulurent entraîner leur client; mais, cette fois, Kin- Fo s'entêta à rester. Personne ne le connaissait. Il n'avait jamais entendu la complainte qui relatait ses faits et gestes. Il lui plaisait de l'entendre!
Le chanteur commença ainsi: «A la première veille, la lune éclaire le toit pointu de la maison de Shang-Haï. Kin-Fo est jeune. Il a vingt ans. Il ressemble au saule dont les premières feuilles montrent leur petite langue verte!