Ils avaient ensuite visité successivement l'oasis de Falafré, qu'aucun voyageur européen n'avait encore explorée, celle de Dakel et Khargh, chef-lieu de l'oasis de Thèbes. Les documents recueillis dans cette course furent expédiés en France à M. Jomard, qui les mit à profit pour la rédaction de l'ouvrage intitulé Voyage à l'oasis de Siouah.
Quelques années plus tard, Édouard Rüppell consacrait sept ou huit années à l'exploration de la Nubie, du Sennaar, du Kordofan et de l'Abyssinie, et il remontait le Nil Blanc, en 1824, jusqu'à plus de soixante lieues au-dessus de son embouchure.
Enfin, un naturaliste allemand, conseiller des mines d'Autriche, Joseph Russegger, visitant également, de 1836 à 1838, la partie inférieure du cours du Bahr-el-Abiad, préludait par ce voyage officiel aux grandes et fécondes reconnaissances que Méhémet-Ali allait envoyer dans les mêmes régions.
CHAPITRE III
LE MOUVEMENT SCIENTIFIQUE ORIENTAL ET LES EXPLORATIONS AMÉRICAINES
Le déchiffrement des inscriptions cunéiformes et les études assyriologiques jusqu'en 1840.—L'ancien Iran et l'Avesta.—La triangulation de l'Inde et les études indoustaniques.—L'exploration et la mesure de l'Himalaya.—La presqu'île Arabique.—La Syrie et la Palestine.—L'Asie centrale et Alexandre de Humboldt.—Pike aux sources du Mississipi, de l'Arkansas et de la rivière Rouge.—Les deux expéditions du major Long.—Le général Cass.—Schoolcraft aux sources du Mississipi.—L'exploration du Nouveau-Mexique.—Voyages archéologiques dans l'Amérique centrale.—Les recherches d'histoire naturelle au Brésil.—Spix et Martius, le prince Maximilien de Wied-Neuwied.—D'Orbigny et l'homme américain.
Bien que les découvertes, dont nous allons tout d'abord parler, ne soient plus à proprement parler géographiques, elles ont, cependant, jeté un jour si nouveau sur plusieurs civilisations anciennes, elles ont tellement étendu le domaine de l'histoire et des idées, que nous ne pouvons nous dispenser d'en dire quelques mots.
La lecture des inscriptions cunéiformes et le déchiffrement des hiéroglyphes sont des événements si importants en leurs résultats, ils nous révèlent une telle multitude de faits jusqu'alors ignorés ou travestis dans les récits plus ou moins merveilleux des anciens historiens Diodore, Ctésias et Hérodote, qu'il est impossible de passer sous silence des découvertes scientifiques si capitales.
Grâce à elles, nous pénétrons dans l'intimité d'un monde, d'une civilisation extrêmement avancée, aux mœurs, aux habitudes, aux coutumes absolument différentes des nôtres. Qu'il est curieux de tenir entre ses mains les comptes de l'intendant d'un grand seigneur ou d'un gouverneur de province, de lire des romans comme ceux de Setna et des Deux Frères, des contes comme celui du Prince prédestiné!
Si les édifices aux vastes proportions, les temples superbes, les hypogées magnifiques, les obélisques sculptés n'étaient jusqu'alors, pour nous, que des monuments somptueux, ils nous racontent maintenant, grâce à la lecture des inscriptions qui les recouvrent, la vie des souverains qui les ont élevés et les circonstances de leur érection.