Afin d'utiliser la saison d'hiver, Beechey visita le port de San-Francisco, et relâcha encore une fois, le 25 janvier 1837, à Honolulu, dans les îles Sandwich. Grâce à la politique habile et libérale de son gouvernement, cet état s'avançait, à grands pas, dans la voie du progrès et de la prospérité.
Le nombre des maisons s'était augmenté; la ville prenait, de plus en plus, un caractère civilisé; le port était fréquenté par un grand nombre de navires anglais et américains; enfin, la marine nationale était créée et comptait cinq briks et huit schooners. L'agriculture était dans un état florissant; le café, le thé, les épices, occupaient de vastes plantations, et l'on cherchait à utiliser les forêts de cannes à sucre qui prospéraient dans l'archipel.
Après une relâche, en avril, à l'embouchure de la rivière de Canton, le Blossom procéda à la reconnaissance de l'archipel Liou-Kieou, chaîne d'îles qui relie le Japon à Formose, et du groupe Bonin-Sima, terres sur lesquelles l'explorateur ne rencontra d'autres animaux que de grosses tortues vertes.
A la suite de cette exploration, le Blossom reprit la route du nord; mais, les circonstances atmosphériques étant moins favorables, il ne put pénétrer cette fois que jusqu'à 70° 40´. Il laissait en cet endroit de la côte des vivres, des vêtements et des instructions, pour le cas où Parry ou Franklin aurait réussi à percer jusque-là. Après avoir croisé jusqu'au 6 octobre, Beechey se détermina, à regret, à rentrer en Angleterre. Il fit escale à Monterey, à San-Francisco, à San-Blas, à Valparaiso, doubla le cap Horn, mouilla à Rio-de-Janeiro et jeta l'ancre à Spithead, le 21 octobre.
Il faut, maintenant, raconter l'expédition du capitaine russe Lütké, expédition qui produisit des résultats assez importants. La relation, très amusante, est spirituellement écrite. Aussi lui ferons-nous quelques emprunts.
Le Séniavine et le Möller étaient deux gabares construites en Russie, qui tenaient toutes deux très bien la mer, mais dont la seconde était assez mauvaise marcheuse, inconvénient qui, pendant presque tout le voyage, tint les deux bâtiments séparés. Le Séniavine avait Lütké pour commandant, et le Möller, Stanioukowitch.
Un moraï à Kayakakowa.
(Fac-simile. Gravure ancienne.)
Les deux bâtiments appareillèrent de Cronstadt, le 1er septembre 1828, firent escale à Copenhague et à Portsmouth, où l'on acheta des instruments de physique et d'astronomie. A peine sortaient-ils de la Manche, qu'ils furent séparés. Le Séniavine, que nous suivrons particulièrement, fit relâche à Ténériffe, où Lütké espérait trouver sa conserve.