Toutes les habitations sont construites sur pilotis, soit à terre, soit en mer, près du rivage. Ces maisons, en plus grand nombre dans les lieux d'un abord très difficile ou impraticable, se composent de pieux enfoncés dans le sol auxquels sont fixées, par des cordes d'écorce, des traverses sur lesquelles repose un plancher fait des côtes de feuilles de palmier, taillées et serrées les unes contre les autres. Ces feuilles, artistement imbriquées, forment le toit de l'habitation, qui n'a qu'une seule porte. Si ces cases sont bâties au-dessus de l'eau, elles communiquent avec la terre par une sorte de pont de chevalets, dont le tablier mobile peut être enlevé rapidement. Une sorte de balcon, garni d'une rampe, entoure la maison de tous côtés.

Les voyageurs ne purent se procurer aucun renseignement sur la sociabilité de ces naturels. Qu'ils vivent réunis en grandes peuplades sous l'autorité d'un ou de plusieurs chefs, que chaque communauté n'obéisse qu'à son propre chef, que la population soit nombreuse ou non, ce sont là des données qui ne peuvent être recueillies. Ces naturels se donnent le nom d'Alfourous. Ils paraissent parler plusieurs idiomes particuliers, qui diffèrent singulièrement du papou et du malais.

Les indigènes de ce groupe semblent fort industrieux; ils exécutent de très ingénieux instruments de pêche; ils savent très bien travailler le bois, préparer la moelle du sagoutier, tourner des poteries et faire des fours à cuire le sagou; ils tissent des nattes, des tapis, des paniers; ils sculptent des statues et des idoles. MM. Quoy et Gaimard ont observé sur la côte de Waigiou, dans le havre Boni, une statue en argile blanche, remisée sous un hangar, près d'un tombeau. Elle représentait un homme debout, de grandeur naturelle, les mains levées vers le ciel; la tête était en bois et avait les joues et les yeux incrustés de coquillages blancs.

Le 6 janvier 1819, l'Uranie, après avoir appareillé de Rawak, aperçut bientôt les îles Ayou, basses et entourées de récifs, qui étaient fort peu connues et dont la géographie laissait considérablement à désirer. Les travaux d'hydrographie furent contrariés par les fièvres contractées à Rawak et qui attaquèrent plus de quarante personnes.

Le 12 février, furent aperçues les îles des Anachorètes, et, le lendemain, celles de l'Amirauté, sans que l'Uranie cherchât à les rallier.

Bientôt la corvette fut en vue de San-Bartholomé, que ses habitants nomment Poulousouk et qui appartient à l'archipel des Carolines. Un commerce actif, mais surtout fort bruyant, ne tarda pas à s'établir avec ces indigènes, qu'il fut impossible de décider à monter à bord. Les échanges se firent avec une bonne foi touchante, et l'on ne s'aperçut pas du moindre larcin.

Poulouhat, Alet, Tamatam, Allap, Fanadik, et bien d'autres îles de cet archipel, défilèrent tour à tour devant les yeux émerveillés des Français.

Enfin, le 17 mars 1819, c'est-à-dire dix-huit mois après son départ de France, Freycinet aperçut les îles Mariannes, et fit jeter l'ancre dans la rade d'Umata, sur la côte de Guaham.

Au moment où les Français se disposaient à se rendre à terre, ils reçurent la visite du gouverneur D. Medinilla y Pineda, accompagné du major D. Luis de Torrès, seconde autorité de la colonie. Ces officiers s'informèrent des besoins des explorateurs avec la plus grande sollicitude et promirent de satisfaire à toutes leurs demandes dans le plus bref délai.

Sans tarder, Freycinet s'occupa de chercher un local propre à l'établissement d'un hôpital provisoire, et, l'ayant trouvé, dès le lendemain, il y fit installer ses malades, au nombre de vingt.