Il fallait cependant prévoir le cas où cette frêle embarcation ne pourrait atteindre la Plata. Aussi Freycinet était-il décidé à mettre sur chantier, immédiatement après son départ, une goëlette de cent tonneaux.

Bien que l'on fût très absorbé par ces travaux si variés et si multiples, on n'en procédait pas moins aux observations ordinaires d'astronomie, de physique, d'histoire naturelle et d'hydrographie. Il semblait qu'on fût seulement en relâche.

Enfin le bâtiment fut achevé et mis à l'eau. Les instructions pour son commandant, le capitaine Duperrey, étaient rédigées, son équipage était choisi, on embarquait ses provisions, le départ était fixé au surlendemain, lorsque, le 19 mars 1820, des cris se font entendre: «Un navire! un navire!» Un sloop sous voiles était à l'entrée de la baie.

Plusieurs coups de canon furent tirés pour attirer son attention, et le patron s'empressa de venir à terre.

En peu de mots, Freycinet eut exposé à ce dernier par suite de quelles circonstances il se trouvait établi sur cette côte.

Le patron répondit qu'il était aux ordres d'un bâtiment américain, le Général-Knox, employé à la pêche aux phoques, à l'île West, pointe la plus occidentale des Malouines.

Un officier fut aussitôt chargé d'aller s'entendre avec le capitaine de ce navire, sur la nature des secours qu'il pourrait donner aux Français. Mais celui-ci demanda 135,750 francs pour conduire les naufragés à Rio. C'était étrangement abuser des circonstances. Aussi l'officier français ne voulut-il rien conclure sans l'assentiment de son commandant et pria-t-il l'Américain de se rendre à la baie des Français.

Pendant ces négociations, un nouveau navire, le Mercury, capitaine Galvin, était entré dans la baie. Parti de Buenos-Ayres pour porter des canons à Valparaiso, le Mercury, sur le point de doubler le cap Horn, avait fait une voie d'eau considérable qui le forçait à se radouber aux Malouines. Ce fut un heureux événement pour les Français, et la concurrence qui allait en résulter ne pouvait tourner qu'à leur avantage.

Freycinet offrit immédiatement au capitaine Galvin, pour réparer ses avaries, les secours en matériaux et en hommes dont il disposait, ajoutant que si ses charpentiers pouvaient radouber le navire, il lui demanderait de le transporter avec ses compagnons à Rio-de-Janeiro.

Au bout de quinze jours, les réparations étaient terminées. Pendant ce temps, la négociation avec le Général Knox s'était terminée par un refus absolu, de la part de Freycinet, d'en passer par les exigences du capitaine américain. Quant au capitaine Galvin, il fallut plusieurs jours pour arriver à une solution avec lui et l'amener au traité que voici: