Arrivés au cinquante-neuvième parallèle, ils rencontrèrent des glaces compactes qui les forcèrent à abandonner la route du sud-ouest,—direction sur laquelle se faisaient remarquer les signes du voisinage de la terre. Il fallut donc tourner à l'est, prolonger la banquise jusqu'à 9° 34´ de longitude occidentale. Ce fut seulement le 16 janvier que Biscoë put couper le soixantième parallèle sud. Cook, en 1775, avait trouvé une mer libre sur un espace de deux cent cinquante milles, là même où une barrière infranchissable avait arrêté la tentative de Biscoë.
Continuant à courir dans le sud-est jusqu'à 68° 51´ de latitude et 10° de longitude orientale, le navigateur n'avait pu s'empêcher d'être frappé de la décoloration de l'eau, de la présence de plusieurs «eaglets» et de pigeons du Cap, enfin de la direction du vent qui soufflait du sud-sud-ouest, indices certains du voisinage d'une grande terre.
Mais les glaces lui défendaient l'accès du sud. Aussi, Biscoë dut poursuivre sa route à l'est, en se rapprochant du Cercle polaire.
«Enfin, le 27 février, dit Desborough Cooley, par 65° 57´ sud et 45° de longitude orientale, il vit très distinctement une terre d'une étendue considérable, montagneuse et couverte de neige, à laquelle il imposa le nom d'Enderby. Tous ses efforts eurent dès lors pour objet d'y aborder, mais elle était complètement entourée de glaces qui en défendaient l'approche. Sur ces entrefaites, un coup de vent inattendu vint séparer les deux navires et les entraîna vers le sud-est, ayant encore longtemps en vue la même terre qui offrait, d'est en ouest, une étendue de plus de deux cents milles. Mais le mauvais temps et l'état déplorable de la santé de son équipage forcèrent le capitaine Biscoë à laisser porter sur la Terre de Van-Diémen, où il ne fut rejoint que plusieurs mois après par le Lively.»
Les explorateurs furent plusieurs fois témoins des lueurs éblouissantes de l'aurore australe, spectacle merveilleux qu'il est impossible d'oublier.
«Pour la première fois, dit Biscoë, les brillants reflets de l'aurore australe roulaient sur nos têtes sous la forme de magnifiques colonnes, puis prenaient tout à coup l'apparence d'une frange de tapisserie, et, l'instant d'après, s'agitaient en l'air comme des serpents; souvent ces jets de lumière ne semblaient être qu'à quelques verges au-dessus de nos têtes, et bien certainement ils se trouvaient dans notre atmosphère.»
La terre, montagneuse et couverte de neige, courait suivant la direction E.-O. sous le parallèle 66° 30´; par malheur, il fut impossible de l'approcher de plus de dix lieues, et elle était partout bordée de glaces.
Laissant la Terre de Van-Diémen le 14 janvier 1832, Biscoë se dirigea avec ses deux navires au sud-est. A plusieurs reprises, des fucus flottant à la surface de la mer et quantité d'oiseaux qui s'écartent peu de la terre, des nuages bas et épais, firent croire à Biscoë qu'il allait faire quelque découverte; mais toujours la tempête l'empêcha de pousser à fond sa reconnaissance. Enfin, le 12 février, par 66° 27´ de latitude et 84° 10´, de nouveau furent aperçus, en grand nombre, des albatros, des pingouins et des baleines; le 15, une terre fut découverte dans le sud-est à une grande distance; le lendemain, on reconnut que c'était une île à laquelle on donna le nom d'Adélaïde, en l'honneur de la reine d'Angleterre. Sur cette île, à une lieue à peu près du bord de la mer, s'élevaient plusieurs pics de forme conique et à base très large.
Les jours suivants, on put s'assurer qu'elle n'était pas isolée, mais qu'elle faisait partie d'une chaîne d'îlots située au-devant d'une terre haute. Cette terre, qui s'étendait sur un espace de deux cent cinquante milles dans une direction E.-N.-E. et O.-S.-O., reçut le nom de Graham, tandis que celui de Biscoë restait attaché à la chaîne des îles que ce navigateur avait découvertes. Ce pays n'offrait pas la moindre trace de plantes ou d'animaux.
Biscoë, pour donner une sanction certaine à sa découverte, descendit, le 21 février, sur la grande terre, afin d'en prendre possession, et détermina, par 64° 45´ latitude sud et 66° 11´ longitude ouest de Paris, la position d'une haute montagne, à laquelle il donna le nom de mont William.