Il fallut se mouiller jusqu'à mi-corps. ([Page 370].)

La baie Piners, où Wilkes débarqua, est située par 140° est (137° 40´ de Paris), c'est-à-dire au point même où d'Urville avait débarqué le 21 janvier.

Le 30 janvier, le Purpoise avait aperçu les deux bâtiments de d'Urville, s'était approché d'eux, à portée de la voix; mais ceux-ci, faisant de la toile, avaient paru se refuser à toute communication.

Wilkes regagna Sydney où il trouva le Peacock en réparation, se rendit avec ce bâtiment à la Nouvelle-Zélande, de là à Tonga-Tabou, puis aux Fidji, où furent massacrés par les naturels deux jeunes officiers de l'expédition. Les îles des Amis, des Navigateurs, les Sandwich, l'embouchure de la Colombia à la côte occidentale d'Amérique, les détroits de l'Amirauté et de Puget, l'île Vancouver, les îles des Larrons, Manille, les Soulou, Singapour, les îles de la Sonde, Sainte-Hélène, Rio-de-Janeiro, furent les nombreuses étapes de ce long voyage, qui se termina, le 9 juin 1842, à New-York, après une absence de trois ans et dix mois.

Les résultats dans toutes les branches de la science étaient considérables, et, pour son début dans la carrière des voyages de circumnavigation, la jeune république des États-Unis venait de faire un coup de maître.

Malgré tout l'intérêt que présente la précieuse relation de cette expédition, ainsi que les traités spéciaux qui l'accompagnent et que l'on doit à la plume des savants Dana, Gould, Pickering, Gray, Cassin et Brackenridge, nous sommes forcé de négliger tout ce qui s'est fait dans des contrées déjà connues. Le succès de cette grande publication fut considérable au delà de l'Atlantique, il est facile de le comprendre, dans un pays qui ne compte qu'un petit nombre d'explorateurs officiels.

En même temps que Wilkes, au commencement de 1839, Balleny, capitaine de l'Elisabeth-Scott, apportait sa contribution à la reconnaissance des terres antarctiques.

Parti de l'île Campbell, au sud de la Nouvelle-Zélande, il était parvenu, le 7 février, par 67° 7´ de latitude et 164° 25´ de longitude à l'ouest du méridien de Paris. Faisant alors route à l'ouest, deux jours plus tard, après avoir reconnu maint indice du voisinage de la terre, il avait découvert dans le sud-ouest une bande noire, qu'à six heures du soir on ne pouvait plus hésiter à prendre pour la terre. C'étaient trois îles assez considérables, dont la plus occidentale était la plus longue. Elles reçurent le nom de Balleny. Comme on peut le croire, le capitaine manœuvra pour atterrir, mais ces îles étaient défendues par une barrière de glace sans aucun passage. On dut donc se contenter de fixer par 66° 44´ et 162° 25´ de longitude la position de l'île centrale.

Le 11 février, fut encore vue une terre haute et couverte de neige dans l'ouest-sud-ouest; le lendemain, on n'en était plus qu'à une dizaine de milles. On s'en approcha, puis un canot fut détaché. Une plage de trois ou quatre pieds de large au bas de falaises verticales et inaccessibles en défendait l'accès, et il fallut se mouiller jusqu'à mi-corps pour recueillir quelques échantillons de lave car cette terre est volcanique, et ses montagnes sont surmontées d'un panache de fumée.