Les corvettes avaient parcouru douze ou quinze milles inutilement, lorsqu'un officier, perché dans les haubans, aperçut un passage dans l'E.-N.-E. On se dirigea immédiatement de ce côté; mais, encore une fois, il fut impossible de se frayer un passage, et, la nuit venue, on dut s'amarrer à un gros glaçon. Les effroyables craquements qui avaient tenu éveillé le commandant, la nuit précédente, recommencèrent avec une telle violence, qu'il semblait que la corvette ne pourrait y résister jusqu'au jour.

On dut enfermer le gouvernail. ([Page 385].)

Cependant, après une entrevue avec le capitaine de la Zélée, d'Urville fit route au nord, mais la journée se passa encore sans apporter de changement dans la position des navires; le lendemain, au milieu d'une pluie de neige fondue, la houle devint assez forte pour soulever toute la plaine glacée, dans laquelle les deux bâtiments étaient emprisonnés.

Il fallut veiller avec plus de soin que jamais aux glaçons, que ces ondulations faisaient bondir au loin, et l'on dut enfermer le gouvernail dans une espèce de cabane en bois qui le protégeait contre les chocs des glaces.

A part quelques ophthalmies produites par la réverbération continuelle de la neige, la santé des équipages était satisfaisante, et ce n'était pas une mince satisfaction pour les commandants, obligés d'être continuellement sur le qui-vive. Ce fut seulement le 9 février que les corvettes, favorisées par une forte brise, purent se dégager et se retrouver enfin dans une mer entièrement libre. On avait prolongé la banquise sur une étendue de deux cent vingt-cinq lieues.

Par un bonheur inespéré, les navires n'avaient aucune avarie, sauf la perte de quelques espars et d'une bonne partie du doublage en cuivre; mais ils ne faisaient pas plus d'eau qu'auparavant.

Le soleil parut le lendemain et permit d'obtenir des observations qui donnèrent la position par 62° 9´ latitude sud et 39° 22 longitude ouest.