Pendant tout ce voyage,—et dès qu'on en connut les résultats en Angleterre, l'opinion publique ne s'y trompa pas,—Ross, à côté de qualités nautiques de premier ordre, fit preuve d'une indifférence et d'une légèreté singulières. Il semblait peu se soucier de trouver la solution des problèmes géographiques, qui avaient décidé l'armement de l'expédition.

Sans les examiner, il passa devant les baies Wolstenholme et des Baleines, ainsi que devant le détroit de Smith, qui s'ouvre au fond de la baie de Baffin, et à une si grande distance qu'il ne le reconnut pas.

Bien plus, lorsqu'il commença à descendre la côte occidentale de la baie de Baffin, un magnifique bras de mer profondément encaissé, dont la largeur n'était pas inférieure à cinquante milles, s'offrit aux regards anxieux des explorateurs. Les deux bâtiments y pénétrèrent le 29 août, mais ils ne s'étaient pas enfoncés de trente milles, que Ross donna l'ordre de virer de bord, sous le prétexte qu'il avait distinctement vu une chaîne de hautes montagnes, auxquelles il donna le nom de monts Croker, en barrer l'extrémité. Cette opinion ne fut pas partagée par ses officiers, qui n'avaient pas aperçu la moindre colline, par cette excellente raison que le bras dans lequel on venait d'entrer n'était autre que le détroit de Lancastre, ainsi nommé par Baffin, et qui communique avec la mer dans la direction de l'ouest.

Il en fut à peu près de même de toutes les indentations de cette côte si profondément découpée, et, le plus souvent, on s'en tenait à une telle distance qu'il était impossible d'apercevoir le moindre détail. C'est ainsi que, étant arrivée, le 1er octobre, devant l'entrée de Cumberland, l'expédition ne chercha pas à reconnaître ce point si important, et Ross rentra en Angleterre, tournant le dos à la gloire qui l'attendait.

Accusé de légèreté et de négligence, Ross répondait avec un aplomb superbe: «J'ose me flatter d'avoir, dans tout ce qui est important, rempli l'objet de mon voyage, puisque j'ai prouvé l'existence d'une baie qui s'étend depuis Discö jusqu'au détroit de Cumberland, et terminé pour jamais la question relative à un passage au nord-ouest, dans cette direction.»

Il était difficile de se tromper plus complètement.

Cependant l'insuccès de cette tentative fut loin de décourager les chercheurs. Les uns y trouvèrent la confirmation éclatante des découvertes du vieux Baffin, les autres voulurent voir dans ces innombrables entrées, où la mer était si profonde et le courant si fort, autre chose que des baies. Pour eux, c'étaient des détroits, et tout espoir de découvrir le passage n'était pas perdu.

L'Amirauté, frappée de ces raisons, arma aussitôt deux petits bâtiments, la bombarde l'Hécla et le brigantin le Griper. Le 5 mai 1819, ils sortirent de la Tamise sous le commandement du lieutenant William Parry, qui ne s'était pas trouvé du même avis que son chef touchant l'existence du passage du nord-ouest. Les bâtiments, sans incident de navigation extraordinaire, pénétrèrent jusqu'au détroit de sir James Lancastre; puis, après avoir été emprisonnés, pendant sept jours, au milieu de glaces accumulées sur une étendue de quatre-vingts milles, ils entrèrent dans cette baie qui devait être, suivant John Ross, fermée par une chaîne de montagnes.

Non seulement ces montagnes n'existaient que dans l'imagination du navigateur, mais tous les indices qu'on remarquait annonçaient, à ne pas s'y tromper, que c'était un détroit. Par trois cent dix brasses on n'avait pas trouvé le fond; on commençait à sentir le mouvement de la houle; la température de l'eau s'était élevée de six degrés, et pendant un seul jour on ne rencontra pas moins de quatre-vingts baleines, toutes de grande taille.

Descendus à terre, le 31 juillet, dans la baie Possession qu'ils avaient visitée l'année précédente, les explorateurs y trouvèrent encore imprimée la trace de leurs pas, ce qui indiquait la petite quantité de neige et de givre tombée pendant l'hiver.