La reconnaissance de la côte américaine depuis le cap Turn-again jusqu'au détroit de Behring était donc complète. Il ne restait plus d'inconnu que l'espace compris entre la pointe Ogle et le cap Turn-again: ce fut la tâche que se donnèrent les explorateurs pour la campagne suivante.
Partant en 1838 de la Coppermine, ils suivirent la côte à l'est, arrivèrent le 9 août au cap Turn-again; mais, les glaces ne permettant pas aux canots de le doubler, Thomas Simpson hiverna, découvrit la Terre Victoria, et le 12 août 1839, arrivé à la rivière de Back, il continua jusqu'à la fin du mois à explorer la Boothia.
La ligne de côtes était donc définitivement déterminée. Au prix de quels efforts, de quelles fatigues, de quels sacrifices et de quel dévouement! Mais combien peu compte la vie humaine, lorsqu'elle entre en balance avec les progrès de la science! Qu'il faut de désintéressement, de passion à ces savants, ces marins, ces explorateurs, qui abandonnent tout ce qui fait le bonheur de l'existence, pour contribuer, dans la mesure de leurs forces, aux progrès des connaissances humaines et au développement scientifique et moral de l'humanité!
Avec le récit de ces derniers voyages dans lesquels s'achève la découverte de la Terre, se termine cette œuvre, qui s'est ouverte avec l'histoire des tentatives des premiers explorateurs.
La configuration du globe est maintenant connue, la tâche des explorateurs est finie. La terre que l'homme habite lui est désormais familière. Il ne lui reste plus qu'à utiliser les immenses ressources des contrées dont l'accès lui est devenu facile ou dont il a su s'emparer.
Qu'elle est fertile en enseignements de tout genre, cette histoire de vingt siècles de découvertes!
Jetons un coup d'œil en arrière, et résumons à grands traits les progrès accomplis durant cette longue suite d'années.
Si nous prenons la mappemonde d'Hécatée, qui vivait cinq cents ans avant l'ère chrétienne, que verrons-nous?
Le monde connu n'embrasse guère que le bassin de la Méditerranée. La Terre, si profondément défigurée dans ses contours, n'est représentée que par une minime partie de l'Europe méridionale, de l'Asie antérieure et de l'Afrique septentrionale. Autour de ces terres tourne un fleuve sans commencement ni fin, qui porte le nom d'Océan.