«Le jour de notre arrivée, dit la relation, le dîner nous fut fourni par la cuisine du roi. Les plats étaient excellents. Dans la suite, nous fîmes préparer les viandes à notre manière; mais le roi continua de nous fournir à déjeuner, à dîner et une collation, plus des provisions pour deux mille personnes, deux cents chevaux et un grand nombre d'éléphants. Il s'en fallait de beaucoup que notre suite fût aussi considérable, et je n'eus cependant pas peu de peine, au bout d'un mois, à obtenir de Sa Majesté quelque retranchement sur cette profusion inutile.»

Comme il fallait s'y attendre, les négociations pour les présentations à la cour furent longues et difficiles. On finit cependant par s'arranger, et la réception fut aussi cordiale que le permettent les usages diplomatiques. Le roi était habillé de diamants et de pierreries; il portait une couronne magnifique, et sur l'un de ses bracelets étincelait le «cohi-nour», le plus grand diamant qui existe et dont on trouve un dessin dans les Voyages de Tavernier.

«Je dois déclarer, dit Elphinstone, que si quelques objets et surtout la richesse extraordinaire du costume royal excitèrent mon étonnement, j'en trouvai beaucoup d'autres fort au-dessous de mon attente. Somme toute, on y voyait moins les indices de la prospérité d'un État puissant que les symptômes de la décadence d'une monarchie naguère florissante.»

Et, là-dessus, l'ambassadeur cite la rapacité avec laquelle les officiers du roi se disputèrent les présents des Anglais, et certains autres détails qui l'impressionnèrent péniblement.

Une seconde entrevue avec le roi produisit sur Elphinstone une impression plus favorable.

«On croira difficilement, dit-il, qu'un monarque oriental puisse avoir un aussi bon ton et conserver sa dignité en même temps qu'il s'efforce de plaire.»

La plaine de Peschawer, entourée, sauf à l'est, de hautes montagnes, est baignée par trois bras de la rivière de Caboul, qui y font leur jonction, et par plusieurs petits ruisseaux. Aussi, cette campagne est-elle singulièrement fertile. Prunes, pêches, poires, coings, grenades, dattes, s'y rencontrent à chaque pas. La population, si clairsemée dans les contrées arides que l'ambassade avait traversées, s'était ici donné rendez-vous, et, d'une hauteur, le lieutenant Macartney ne compta pas moins de trente-deux villages.

Quant à Peschawer, on y constatait la présence de cent mille habitants, logés dans des maisons en briques à trois étages. Beaucoup de mosquées, mais dont la construction n'a rien de remarquable, un beau caravansérail et le ballahissaur, château fortifié dans lequel le roi reçut l'ambassade, tels sont les monuments les plus importants de Peschawer. Le concours d'habitants de races diverses, aux costumes différents, présente un tableau toujours changeant, véritable kaléidoscope humain, qui semble fait pour l'ébattement de l'étranger. Persans, Afghans, Kybériens, Hazaurehs, Douranées, etc., chevaux, dromadaires et chameaux de la Bactriane, bipèdes et quadrupèdes, le naturaliste a de quoi observer et décrire.

Mais ce qui fait le charme de cette ville comme de l'Inde entière, ce sont ses jardins, l'abondance et le parfum de ses fleurs et surtout de ses roses.

Cependant, si la situation du roi n'était pas rassurante, son frère, qu'il avait détrôné à la suite d'une émotion populaire, avait repris les armes et venait de s'emparer de Caboul. Un plus long séjour de l'ambassade était impossible. Elle dut donc reprendre le chemin de l'Inde, passa par Attock et la vallée d'Hussoun-Abdoul, célèbre par sa beauté. C'est là qu'Elphinstone devait s'arrêter jusqu'à ce que le sort des armes eût décidé du trône de Caboul, mais il avait reçu ses lettres de rappel. D'ailleurs, la chance avait été contraire à Sjuhau, qui, après avoir été complètement battu, avait dû chercher son salut dans la fuite.