Tintapouri, résidence d'un lama, est, depuis une très haute antiquité, le rendez-vous le plus fréquenté des fidèles, comme le prouve un mur de plus de quatre cents pieds de long sur quatre de large, formé de pierres sur lesquelles sont inscrites des prières.

Les voyageurs partirent de ce lieu le 1er août, afin de gagner le lac Mansarovar, et laissèrent sur leur droite le lac Ravahnrad, qui passait pour donner naissance à la principale branche du Setledje.

Le lac Mansarovar est creusé au pied d'immenses prairies en pente que dominent au sud des montagnes gigantesques. De tous les lieux que les Hindous vénèrent, il n'en est pas de plus sacré. Cela tient sans doute à son éloignement de l'Hindoustan, aux fatigues et aux dangers de la route, enfin à la nécessité d'emporter avec soi argent et provisions.

Les géographes hindous faisaient sortir de cette nappe d'eau le Gange, le Setledje et le Kali. Moorcroft n'avait aucun doute sur la fausseté de la première de ces assertions. Résolu à vérifier les deux autres, il longea les rives escarpées et coupées de profondes ravines de ce lac, il vit un grand nombre de cours d'eau qui s'y jetaient; pas un n'en sortait. Il est possible qu'avant le tremblement de terre qui ruina Srinagar, le Mansarovar ait eu un émissaire, mais Moorcroft n'en trouva pas trace. Situé entre l'Himalaya et la chaîne du Caïlas, de forme oblongue irrégulière, ce lac a cinq lieues de longueur sur quatre de largeur.

Le but de la mission étant rempli, Moorcroft et Hearsay revinrent vers l'Inde, passèrent à Gangri et virent Ravahnrad, mais Moorcroft était trop faible pour en faire le tour; il regagna Tirtapouri, puis Daba, et eut beaucoup à souffrir en traversant le Ghat, ou passage qui sépare l'Hindoustan du Thibet.

«Le vent qui vient des montagnes du Bouthan, couvertes de neige, dit la relation, est froid et perçant, la montée a été longue et pénible, la descente raide et glissante, et a exigé bien des précautions. En général, nous avons beaucoup souffert. Nos chèvres, par la négligence de leurs conducteurs, s'étaient écartées de la route et avaient grimpé sur le bord d'un précipice élevé de cinq cents pieds au-dessus. Un montagnard les dérangea de ce poste dangereux; elles se mirent à descendre en courant une pente très escarpée. Les dernières dérangèrent des cailloux qui, en tombant avec violence, menaçaient de frapper celles qui se trouvaient les premières; c'était une chose curieuse de voir avec quelle adresse celles-ci, en continuant à courir, évitaient l'atteinte des pierres.»

Bientôt les Gorkhalis, qui se sont jusqu'alors contenté de mettre obstacle à la marche des voyageurs, les serrent de près et veulent les arrêter. La fermeté des Anglais contint longtemps ces sauvages fanatiques, mais enfin leur nombre leur donna du courage, et ils tombèrent sur le camp.

«Vingt hommes se précipitèrent sur moi, dit Moorcroft; l'un me prit par le cou et, appuyant son genou contre mes reins, essayait de m'étrangler en serrant ma cravate; un autre attacha une corde à l'une de mes jambes et me tira en arrière; j'étais sur le point de m'évanouir. Mon fusil, sur lequel je m'appuyais, m'échappa, je tombai; on me tira par les pieds jusqu'à ce que je fusse garrotté. Quand je me relevai, rien n'égala l'expression de joie féroce qui se peignit sur le visage de mes vainqueurs. De crainte que je parvinsse à m'échapper, deux soldats me tenaient par le bout d'une corde, et m'en donnaient de temps en temps un bon coup, sans doute pour me rappeler ma position. Il paraît que M. Hearsay ne prévoyait guère que nous serions attaqués si tôt; il se rinçait la bouche quand la bagarre commença et n'entendit pas mes cris qui l'appelaient à mon secours. Nos gens ne se trouvaient pas auprès du peu d'armes que nous avions; quelques-uns s'échappèrent, je ne sais comment; les autres furent arrêtés, ainsi que M. Hearsay. On ne le lia pas comme moi, on se contenta de lui tenir les bras.»

Le chef de cette bande apprit aux deux Anglais qu'ils étaient reconnus et arrêtés pour avoir traversé le pays sous le déguisement de pèlerins hindous. Un fakir, que Moorcroft avait engagé comme chévrier, parvint cependant à s'échapper et à porter deux lettres aux autorités anglaises. Les démarches furent faites aussitôt, et, le 1er novembre, les explorateurs étaient relâchés. Non seulement on leur faisait des excuses, mais on leur rendait ce qu'on leur avait pris, et le rajah du Népaul leur permettait de quitter son pays. Tout est bien qui finit bien!

Il reste à rappeler, pour être complet, la course de M. Fraser dans l'Himalaya et l'exploration de Hodgson aux sources du Gange, en 1817.