La confidence que le docteur Oudney fit à Clapperton de son projet de voyage le décida sur-le-champ à faire partie de cette aventureuse expédition. Le docteur Oudney sollicita du ministère l'aide de cet officier entreprenant, dont les connaissances spéciales lui devaient être du plus grand secours. Lord Bathurst ne fit aucune difficulté, et les deux amis, après avoir reçu des instructions détaillées, s'embarquèrent pour Tripoli, où ils apprirent bientôt qu'ils allaient avoir pour chef le major Dixon Denham.

Né à Londres, le 31 décembre 1785, Denham avait d'abord été commis chez un régisseur de grandes propriétés rurales. Entré dans l'étude d'un attorney, son peu de goût pour les affaires, son caractère audacieux, en quête d'aventures, l'avaient bientôt poussé à s'engager dans un régiment qui partait pour l'Espagne. Jusqu'en 1815, il s'était battu; puis, il avait mis ses loisirs à profit pour visiter la France et l'Italie.

Amoureux de la gloire, Denham avait cherché la carrière qui pût lui donner rapidement, même au péril de la vie, les satisfactions qu'il ambitionnait, et il s'était déterminé pour celle d'explorateur. Chez lui, l'action suivait de près la pensée. Il proposa au ministère de se rendre à Tembouctou par la route que Laing devait suivre plus tard. Lorsqu'il apprit quelle mission avait été confiée au lieutenant Clapperton et au docteur Oudney, il sollicita la faveur de leur être adjoint.

Sans retard, muni des objets qu'il croit nécessaires à son expédition, après avoir engagé un habile charpentier, nommé William Hillman, Denham s'embarque pour Malte et rejoint ses futurs compagnons de voyage à Tripoli, le 21 novembre 1821. Le nom anglais jouissait à cette époque d'un très grand prestige, non seulement dans les États barbaresques, à cause du récent bombardement d'Alger, mais aussi parce que le consul de la Grande-Bretagne à Tripoli avait su, par une politique habile, se maintenir en bons termes avec le gouvernement de la régence.

Cette influence n'avait même pas tardé à rayonner hors de ce cercle restreint. La nationalité de certains voyageurs, la protection dont l'Angleterre avait entouré la Porte, le bruit de ses luttes et de ses victoires dans l'Inde, tout cela avait vaguement pénétré dans l'intérieur de l'Afrique, et le nom anglais, sans qu'on pût donner des détails précis, y était désormais connu. La route de Tripoli au Bornou était aussi sûre que celle de Londres à Édimbourg, à en croire le consul britannique. C'était donc le moment de profiter de facilités qui pourraient bien ne pas se représenter de sitôt.

Les trois voyageurs, après un bienveillant accueil du bey, qui mit ses ressources à leur disposition, s'empressèrent de quitter Tripoli. Grâce à l'escorte fournie par lui, ils purent gagner facilement Mourzouk, la capitale du Fezzan, le 8 avril 1822.

En certaines localités, ils avaient même été reçus avec une bienveillance et des transports qui touchaient presque à l'enthousiasme.

«A Sockna, raconte Denham, le gouverneur vint à notre rencontre et nous aborda dans la plaine. Il était accompagné des principaux habitants et de plusieurs centaines de paysans, qui entouraient nos chevaux, nous baisaient les mains avec toute l'apparence de la franchise et du plaisir. Nous entrâmes ainsi dans la ville. Les mots: Inglesi! Inglesi! étaient répétés par la foule, et cette réception nous était d'autant plus agréable que nous étions les premiers Européens qui n'eussent point changé d'habit, et je suis persuadé que notre réception eût été beaucoup moins amicale, si nous avions voulu passer pour Mahométans et nous abaisser au rôle d'imposteurs.»

Mais, à Mourzouk, devaient se renouveler toutes les tracasseries qui avaient paralysé Hornemann. Toutefois, les circonstances, comme les hommes, étaient changées. Sans se laisser éblouir par les grands honneurs que le sultan leur rendait, les Anglais, qui visaient au sérieux, demandèrent l'escorte nécessaire pour gagner le Bornou.

Il était impossible de partir avant le printemps suivant, leur répondait-on, à cause de la difficulté de réunir la «kafila», ou caravane, et les troupes qui devaient l'escorter à travers des régions désertes.