A Dunrora, au moment où Lander faisait charger ses bêtes de somme, quatre cavaliers, aux chevaux couverts d'écume, se précipitèrent chez le chef et, de concert avec lui, forcèrent le voyageur à retourner sur ses pas pour aller trouver le roi du Zegzeg, qui avait, disaient-ils, le plus grand désir de le voir. Il n'en était pas de même de Lander, qui voulait au contraire gagner le Niger, dont il n'était plus très éloigné et qu'il comptait descendre jusqu'à la mer. Cependant, il fallut céder à la force. Les guides de Lander ne suivirent pas tout à fait la même route que celui-ci avait prise pour venir à Dunrora, ce qui permit au voyageur de voir la ville d'Eggebi, gouvernée par un des principaux guerriers du souverain de Zegzeg.
Le 22 juillet, Lander entrait à Zegzeg. Il fut aussitôt reçu par le roi, qui lui déclara ne l'avoir fait revenir sur ses pas que parce que, la guerre ayant éclaté entre Bello et le roi de Funda, ce dernier n'aurait pas manqué de le faire périr lorsqu'il aurait appris qu'il avait porté des présents au sultan des Felatahs. Lander eut l'air de se laisser prendre à ces protestations d'intérêt, mais il comprit que la curiosité et le désir d'obtenir quelques présents avaient fait agir le roi de Zegzeg. Il s'exécuta donc, en s'excusant de la pauvreté de ses cadeaux sur ce qu'il avait été dépouillé de ses marchandises, et il obtint bientôt la permission de partir.
Ouari, Ouomba, Koulfa, Boussa et Ouaoua marquent les étapes du voyage de retour de Lander à Badagry, où il entra le 22 novembre 1827. Deux mois plus tard, il s'embarquait pour l'Angleterre.
Si le but commercial, principal objectif du voyage de Clapperton, était complètement manqué, grâce à la jalousie des Arabes, qui avaient changé les dispositions de Bello, parce que l'ouverture d'une nouvelle route aurait ruiné leur commerce, la science, du moins, profitait largement des travaux et des fatigues de l'explorateur anglais.
Dans son histoire des voyages, Desborough Cooley apprécie ainsi qu'il suit les résultats obtenus à cette époque par les voyageurs dont nous venons de résumer les travaux:
«Les découvertes, faites dans l'intérieur de l'Afrique par le capitaine Clapperton, dépassent de beaucoup, au double point de vue de leur étude et de leur importance, celles de tous ses prédécesseurs. Le 24° de latitude était la dernière limite qu'avait atteinte au midi le capitaine Lyon; mais le major Denham, dans son expédition à Mandara, parvint jusqu'au 9° 15´ de latitude, ajoutant ainsi 14° 3/4 ou neuf cents milles aux pays découverts par les Européens. Hornemann, il est vrai, avait déjà traversé le désert, et s'était avancé au midi jusqu'à Nyffé, par 10° 1/2 latitude, mais nous ne possédons aucune relation de son voyage. Dans sa première expédition, Park atteignit Silla par 1° 34´ longitude ouest, éloigné de onze cents milles de l'embouchure de la Gamba. Enfin Denham et Clapperton, depuis la côte orientale du lac Tchad (17° longitude) jusqu'à Sockatou (3° 1/2 longitude), explorèrent cinq cents milles de l'est à l'ouest de l'Afrique; de sorte que quatre cents milles seulement demeuraient inconnus entre Silla et Sockatou; mais, dans son second voyage, le capitaine Clapperton obtint des résultats dix fois plus importants. Il découvrit, en effet, la route la plus courte et la plus commode pour se rendre dans les contrées si populeuses de l'Afrique centrale, et il put se vanter d'avoir été le premier voyageur qui complétât un itinéraire du continent africain jusqu'à Benin.»
A ces réflexions si judicieuses, à cette appréciation si honorable, il n'y a que peu de chose à ajouter.
Les informations des géographes arabes, et notamment celles de Léon l'Africain, étaient vérifiées, et l'on avait une connaissance approximative d'une partie considérable du Soudan. Si la solution du problème qui agitait depuis si longtemps les savants,—le cours du Niger,—et qui avait décidé l'envoi d'expéditions dont nous allons parler, n'était pas encore complètement trouvée, on pouvait du moins l'entrevoir. En effet, l'on comprenait maintenant que le Niger, Kouara ou Djoliba, de quelque nom qu'on voulût l'appeler, et le Nil, étaient deux fleuves différents, aux bassins complètement distincts. En un mot, un grand pas venait d'être fait.
En 1816, on se demandait encore si le fleuve connu sous le nom de Congo ne serait pas l'embouchure du Niger. Cette reconnaissance fut donc confiée à un officier de marine qui avait donné de nombreuses preuves d'intelligence et de bravoure. Fait prisonnier en 1805, Jacques Kingston Tuckey n'avait été échangé qu'en 1814. Dès qu'il apprit qu'une expédition s'organisait pour l'exploration du Zaïre, il demanda à en faire partie, et le commandement lui en fut confié. Des officiers de mérite et des savants lui furent adjoints.
Tuckey partit d'Angleterre, le 19 mars 1816, ayant sous ses ordres le Congo et la Dorothée, bâtiment-transport. Le 20 juin, il mouillait à Malembé, sur la côte de Congo, par 4° 39´ de latitude sud. Le roi du pays fut scandalisé, paraît-il, en apprenant que les Anglais ne venaient pas acheter des esclaves, et se répandit en injures contre ces Européens qui ruinaient son commerce.